Grand projet inutile

À Strasbourg, les opposants au « GCO » reçoivent le soutien de la CGT Vinci

par Olivier Petitjean

Après s’être publiquement opposée au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, la section CGT du groupe de BTP Vinci a pris position contre un autre projet contesté, le « Grand contournement ouest » ou GCO, une boucle autoroutière censée désengorger l’agglomération strasbourgeoise. Un soutien qui tombe à pic pour les opposants, qui viennent d’abandonner leur grève de la faim.

Le « Grand contournement ouest » ou GCO est un projet d’autoroute à péage imaginé dans les années 1970 pour désengorger l’A35, qui traverse l’agglomération strasbourgeoise. Il est porté aujourd’hui par le groupe de BTP Vinci - comme beaucoup d’autres grands projets d’infrastructures en France et ailleurs. Tout comme ces autres projets, GCO est chaudement contesté, et pour cause : 350 hectares de zones naturelles, de forêts et de terres agricoles sont appelés à disparaître pour permettre une nouvelle expansion du transport autoroutier et notamment du trafic transeuropéen à travers la région. L’exemple même de ce qu’il ne faudrait pas faire, soulignent les opposants.

Malgré l’avis défavorable de plusieurs autorités environnementales, le projet se poursuit inexorablement avec le soutien appuyé de l’État. La petite ZAD qui occupait une partie des terrains a été expulsée début septembre après une ultime décision de justice favorable à Vinci, et les travaux ont commencé dans la foulée. Un groupe de militants a alors entamé une grève de la faim, recevant de nombreux soutiens, y compris parmi les élus alsaciens et allemands. De passage à Strasbourg début novembre, Emmanuel Macron a refusé de les rencontrer. Le 20 novembre, après 30 jours, les grévistes de la faim ont décidé de recommencer à s’alimenter, mais annoncent de nouvelles actions.

Démarche syndicale inhabituelle

Leur demande de moratoire sur le projet GCO a reçu un soutien significatif du sein du groupe Vinci lui-même : celui de sa section syndicale CGT. Déjà, il y a quelques mois, l’union départementale CGT du Bas-Rhin avait exprimé son soutien aux opposants. Une démarche encore inhabituelle de la part de syndicats, généralement soucieux d’assurer l’emploi avant tout. La direction de Vinci avait d’ailleurs cherché à instrumentaliser ses salariés, en déclarant que le mouvement anti-GCO portait atteinte à leur sûreté. En vain.

Ce n’est pas une première de la part de la section syndicale CGT de Vinci, qui s’était déjà prononcée contre le projet d’aéroport Notre-Dame-des-Landes, avant que celui-ci soit finalement abandonné (lire notre article). Les arguments sont les mêmes aujourd’hui : « Le chantage à l’emploi ne nous oblige pas à épouser la cause de nos employeurs, ni à réclamer la "protection" de la police. Nous réaffirmons notre volonté de travailler à construire un monde meilleur, plus juste et plus vivable, plutôt que de saccager un peu plus une planète en danger – pour le seul bénéfice à court terme d’actionnaires insatiables. Quel monde allons-nous laisser à nos enfants ? »

Un indice de plus que le modèle de développement basé sur la bétonnisation et les grands projets très lucratifs pour les multinationales - s’il reste le seul imaginaire des dirigeants politiques et économiques français - fait moins consensus que jamais.

OP

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Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc