Le véritable bilan des grandes entreprises françaises

Areva, Axa, Saint-Gobain, Havas, Veolia... Les grandes entreprises toujours aussi présentes au cœur du pouvoir

par Olivier Petitjean

La démission de Nicolas Hulot du ministère de l’Écologie a mis au centre du débat public français la question du pouvoir des lobbies. Au-delà des lobbies les plus visibles, comme celui des chasseurs, qui aiment à se mettre en scène, la capture de la politique par les intérêts privés s’effectue aussi sous des formes plus discrètes, mais peut-être beaucoup plus dangereuses pour la démocratie, comme les pantouflages et conflits d’intérêts, la destruction de l’expertise indépendante, ou encore l’imprégnation idéologique de la haute fonction publique. Une question abordée dans la partie 8 du « Véritable bilan annuel des grandes entreprises françaises » que nous avons publié juste avant l’été : « Que font les grandes entreprises françaises à notre démocratie ? » Nous en publions ci-dessous un extrait, sur les nombreux liens entre le gouvernement actuel et ses conseillers et les groupes du CAC40.

L’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République, en 2017, suivi de celle de centaines de députés de son parti La République en marche, a été vue par beaucoup comme le signe d’un degré supplémentaire de pénétration du pouvoir politique par les forces économiques. Le nouveau président, quoiqu’issu de la haute fonction publique, a en effet passé plusieurs années à la banque Rotschild comme banquier d’affaires, au cours desquelles il a travaillé avec le gratin des milieux économiques français.

La compénétration entre élites politiques et économiques a toujours existé, et il est difficile d’établir un comparatif précis avec les mandatures précédentes, elles aussi marquées par de nombreux allers-retours entre public et privé et conflits d’intérêts. Il n’en reste pas moins que l’on retrouve de nombreux anciens cadres ou dirigeants d’entreprises aux plus hautes marches du pouvoir.

Parmi les entreprises concernées, Areva, dont l’ancien directeur des affaires publiques, Édouard Philippe, est désormais Premier ministre. Une ancienne employée de Veolia, Brune Poirson, se retrouve également secrétaire d’État auprès de Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire. Elle a été notamment chargée de la « responsabilité sociétale » de Veolia en Inde, au moment où la firme française s’engageait dans la privatisation de l’eau de la ville de Nagpur, et se retrouvait confrontée à des controverses en cascades. Une autre députée débutante de LREM est une ancienne dirigeante de Veolia au Niger, tandis qu’une nouvelle élue de la droite « constructive » est étroitement liée aux structures de lobbying de Veolia et Suez.

Parmi les autres ministres, Muriel Pénicaud, ancienne haute fonctionnaire, occupait auparavant les fonctions de directrice des ressources humaines de Danone, avant de rejoindre en 2014 Business France. Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, a été directeur de la communication du groupe immobilier Unibail-Rodamco. Une autre secrétaire d’Etat, Delphine Gény-Stephann, ancienne haute fonctionnaire, a passé de longues années chez Saint-Gobain, entre 2005 et 2017, avant de retrouver le ministère de l’Économie. Autre produit de Saint-Gobain, Jean-Pierre Floris a été nommé délégué interministériel aux restructurations d’entreprises.

Du côté des conseillers, une firme se distingue : Havas, la multinationale de la publicité et de la communication désormais dans le giron de Vivendi. Plusieurs de ses cadres occupent des positions clé au cœur du nouveau pouvoir, à commencer par Ismaël Emelien, conseiller spécial d’Emmanuel Macron à l’Élysée, et quelques autres conseillers ministériels. Yannick Bolloré, dirigeant d’Havas et désormais de Vivendi, et fils de Vincent Bolloré, a lui aussi été étroitement associé à la campagne d’Emmanuel Macron. Mais ce n’est pas tout. Alexis Kohler, le secrétaire général de l’Élysée, occupait de hautes fonctions au sein du groupe de transport maritime MSC, occasionnant des situations de conflits d’intérêts potentiels qui font aujourd’hui scandale. Cédric O, conseiller conjoint de Matignon et de l’Élysée et trésorier de La République en marche depuis 2017, venait de passer quelques années au sein du groupe Safran avant de rejoindre le Président et son parti.

Du côté des députés LREM enfin, on retrouve le même constat. Stanislas Guérini, député de Paris et porte-parole du groupe parlementaire, a été directeur de l’expérience client du blanchisseur industriel Elis. Parmi les autres députés de Paris, Olivia Grégoire, consultante, a également été cadre de Saint-Gobain. Hugues Renson a été délégué général de la fondation EDF. Amélie de Monchalin, députée clé du groupe sur les questions budgétaires, est une ancienne dirigeante d’Axa, tout comme Jacques Maire, également passé par le cabinet Vigeo Eiris. Ce ne sont pas les seuls, puisque l’ouverture à la « société civile » voulue par Emmanuel Macron a concerné au premier chef les cadres du secteur privé.

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Ce texte est extrait du Véritable bilan annuel des grandes entreprises françaises publié par l’Observatoire des multinationales en juin 2018.

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Photo : Amtec Staffing CC via flickr