Basses oeuvres

Atos, sponsor des Jeux paralympiques, accusé de s’attaquer aux droits des handicapés

par Olivier Petitjean

Sponsor officiel des Jeux paralympiques de Londres, l’entreprise française, dirigée par Thierry Breton, se retrouve accusée de mener une chasse aux handicapés bénéficiant d’une allocation et aux salariés en incapacité de travail. Le tout pour le compte du gouvernement britannique qui cherche à réduire les budgets sociaux.

La multinationale française des services informatiques, dont le PDG actuel est Thierry Breton (ancien PDG de Thomson, ancien PDG de France Télécom, ancien ministre de l’Économie et des Finances), se retrouve aujourd’hui sous le feu des critiques en Grande-Bretagne pour son rôle dans la chasse aux « faux » bénéficiaires de la sécurité sociale.

Atos, seconde firme de services informatiques en Europe et 5e au niveau mondial, est un important sponsor des Jeux Olympiques, ainsi que des Jeux Paralympiques. Mal lui a pris cette année de vouloir afficher sa présence en force aux Jeux Paralympiques de Londres. Elle s’est retrouvée la cible de manifestations de la part d’activistes handicapés et de leurs soutiens (voir les vidéos et interviews sur le site du quotidien britannique The Guardian). Les athlètes britanniques ont volontairement caché leurs accréditations lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux paralympiques pour ne pas afficher le logo d’Atos.

Depuis lors, les mobilisations contre l’entreprise se poursuivent dans le pays, emmenées par le collectif Disabled People Against Cuts ("handicapés contre les coupures bugétaires").

Chasse aux handicapés allocataires

La filiale britannique du groupe français, Atos Healthcare, est chargée d’effectuer des contrôles auprès des bénéficiaires de l’Employment and Support Allowance, destinée aux personnes en incapacité de travail. Ce contrat, passé initialement avec le gouvernement travailliste pour un projet pilote, a été étendu à l’ensemble du pays par le gouvernement conservateur. Atos Healthcare, qui s’affiche comme le premier employeur de médecins et d’infirmières au Royaume-Uni après le National Health Service (le service de santé public), a effectué 738 000 examens de contrôle au cours de l’année 2011. Ses méthodes musclées ont été dénoncées avec vigueur par les médecins et les travailleurs sociaux, qui accusent l’entreprise de pousser des centaines de personnes dans la pauvreté, lorsque ce n’est pas au suicide. Des reportages télévisés [1] ont révélé que les évaluateurs d’Atos se voyaient fixer des objectifs préétablis de radiation, avant même d’effectuer les examens.

Selon le Daily Mirror, plus d’un millier de personnes seraient décédées en 2011 après avoir été déclarées "aptes au travail" par Atos, soit 32 par semaine. Selon la journaliste Sonia Poulton, un document officiel indiquerait que ce chiffre est à ce jour de 73 par semaine pour 2012... Le site Calums List répertorie les cas de décès de personnes handicapées en lien avec la politique activiste de coupes budgétaires du gouvernement britannique.

Pas moins de 40% de ses décisions de radiation provoquées par Atos font l’objet d’un recours (avec succès dans 38% des cas). Et c’est sans compter toutes les personnes vulnérables qui renoncent à faire valoir leurs droits, ni tous les obstacles réglementaires qui s’opposent au succès des recours [2]. Ces procédures d’appel coûteraient 50 millions de livres par an.

Selon l’analyse effectuée par un avocat spécialiste du droit social, le taux de succès des procédures d’appel se porterait en fait à 80% lorsque les ayant-droit sont accompagnés par un avocat - ce qui explique sans doute que le gouvernement britannique ait programmé la fin de l’aide juridique gratuite pour les affaires liées aux prestations sociales...

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La firme n’en est pas à sa première avanie dans le domaine de la santé en Grande-Bretagne. En 2007, le NHS a annulé une série de contrats de sous-traitance de diagnostic radiologique passés avec Atos après qu’aient été révélés une kyrielle de carences : équipements inadéquats, absence de supervision d’un spécialiste, gestion administrative dilettante. La même année, Atos Healthcare avait même prétendu reprendre pour 10 ans la gestion opérationnelle d’une clinique de soins primaires du NHS, en clamant haut et fort qu’ils parviendraient à améliorer l’"efficience" du service et la satisfaction de ses "clients". Une aventure qui s’est terminée sans gloire trois ans plus tard seulement.

Pourtant, le gouvernement de David Cameron semble quant à lui satisfait de la performance d’Atos. Il n’a pas hésité début août 2012 à conclure un nouveau contrat avec Atos, ciblant cette fois les bénéficiaires des allocations handicap – avec pour objectif prédéfini de réduire ce poste budgétaire de 20% [3]... C’est que pour les politiciens, Atos joue un rôle de bouc émissaire très utile.

Un contrat de 3,8 milliards d’euros

La politique de désinvestissement massif du gouvernement conservateur en matière d’aide sociale fait le bonheur d’une variété de firmes de conseil, d’audit et de services chargées de réaliser ces « purges ». Les contrats passés avec Atos pour contrôler – et radier – des centaines de milliers allocataires s’élèveraient ainsi à pas moins de 3 milliards de livres au total (3,8 milliards d’euros) selon le Guardian, au profit de divers ministères. Le début des Jeux Olympiques avait été marqué par l’échec retentissant du dispositif de sécurité, sous-traité à une autre firme concurrente d’Atos pour les contrats gouvernementaux, G4S. L’armée avait dû être appelée à la rescousse.

Pour mettre un comble au scandale, il a été révélé fin octobre 2012 que pour obtenir ses contrats gouvernementaux, Atos s’était prévalu de partenariats avec un certain nombre d’organisations de soutien aux handicapés - ce que ces dernières se sont empressées de nier. L’opposition travailliste a demandé une enquête.

Olivier Petitjean

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Photos : Wasi Danjiu, cc (source, Byzantine_K cc (source).