Source : O Estado do Minas

Affaires politico-financières

Au Brésil, le scandale Petrobras remonte jusqu’à Albert Frère et GDF Suez

L’entreprise pétrolière publique Petrobras est au coeur d’un nouveau scandale politico-financier au Brésil. En cause, le rachat d’une raffinerie texane, pour un prix astronomique, à une entreprise belge contrôlée par l’homme d’affaires Albert Frère. Certains journalistes n’hésitent pas à voir dans cette transaction une nouvelle illustration des relations étroites entre le gouvernement brésilien et GDF Suez, dont Albert Frère est administrateur et l’un des principaux actionnaires. Le groupe a ainsi financé la campagne électorale de la présidente Dilma Rousseff à hauteur d’un million de réais.

Un nouveau scandale financier secoue depuis quelques semaines la classe politique brésilienne. Au coeur de ce scandale, l’entreprise pétrolière publique Petrobras. Celle-ci se voit notamment reprocher d’avoir racheté au prix fort une raffinerie située à Pasadena, au Texas, au groupe pétrolier belge Astra Oil, lequel est propriété de l’homme d’affaires Albert Frère, via sa holding GBL.

Cette raffinerie aurait été acquise en 2005 par Albert Frère pour 42,5 millions de dollars. Il en aurait revendu la moitié à Petrobras l’année suivante pour 360 millions de dollars, et l’autre moitié, quelques années plus tard, pour 820,5 millions de dollars - en raison d’une clause dite de ’put option’ inclus dans le contrat de revente initial.

Pour Petrobras, l’affaire fait suite à la mise en lumière de pots-de-vin versés dans le cadre des contrats avec la firme néerlandaise d’ingénierie offshore SBM.

L’opposition cherche à impliquer la présidente Dilma Rousseff, ministre de l’Énergie et, à ce titre, présidente du Conseil d’administration de Petrobras à l’époque des faits. Celle-ci affirme aujourd’hui que ses collaborateurs ne l’avaient pas informée de la clause de rachat. Le cadre de Petrobras en charge de l’opération a été arrêté sur ordre de la justice brésilienne, dans le cadre d’une grande opération policière.

Financements électoraux

Certains journalistes n’hésitent pas à faire le lien entre le traitement de faveur apparemment réservé à Albert Frère par Petrobras et le fait que GDF Suez (groupe dont Albert Frère est le principal actionnaire après l’État français via GBL, et dont il est administrateur) ait abondamment financé par le passé, via sa filiale brésilienne Tractebel, les campagnes électorales de Dilma Roussef et de son parti, ainsi que celle de Lula auparavant.

Le journal O Estado do Minas signale ainsi que, selon les registres du Tribunal électoral, Tractebel a versé, à l’occasion des élections de 2010, un million de réais brésiliens (422 000 euros au cours de l’époque) au comité de campagne de Dilma Roussef, ainsi que 550 000 réais à diverses instances locales et nationales de son Parti des travailleurs (PT). Dans le même temps, Tractebel avait versé 500 000 réais au candidat de l’opposition. En 2006, l’entreprise avait déjà versé 300 000 réais à la campagne de Lula. Des pratiques légales au Brésil.

Contactée par O Estado do Minas, l’entreprise nie toute relation entre ces financements et les intérêts d’Albert Frère, dont elle souligne qu’il n’occupe aucune fonction exécutive à GDF Suez, et encore moins à Tractebel. On rappellera néanmoins que Tractebel est issue du rachat par le groupe Suez - avant sa fusion avec Gaz de France, à une époque où Albert Frère en était le vice-président et en possédait une part plus importante - d’une entreprise brésilienne existante, Gerasul. Le tout via une filiale belge de Suez (d’où le nom Tractebel).

Au-delà du cas Albert Frère, l’affaire illustre surtout les liens étroits entre le monde politique brésilien et les entreprises du secteur de la construction et de l’énergie. Ces dernières figuraient parmi les principaux financeurs de Dilma Roussef et de son prédécesseur Lula (tout comme des autres partis). En même temps, elles sont les principales bénéficiaires de la politique de « grands travaux » - barrages et autres infrastructures - impulsée depuis une décennie par la présidence brésilienne. Un système dont GDF Suez, constructrice du mégabarrage de Jirau et impliquée dans d’autres chantiers, est totalement partie prenante.

Olivier Petitjean

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Photo : PAC CC