Source : The Guardian

Précarité

Au Royaume-Uni, une filiale de La Poste dans la tourmente après la mort d’un livreur diabétique

par Olivier Petitjean

Don Lane, un livreur britannique de 53 ans, est décédé après s’être effondré au volant de sa camionnette lors d’une tournée. Il travaillait pour DPD, une filiale du groupe La Poste qui s’est spécialisée dans les livraisons pour le compte de groupes de commerce en ligne comme Amazon. Après avoir dû payer une amende de 150 livres sterling de son employeur pour cause de rendez-vous médical, il ne s’était pas rendu aux rendez-vous suivants. L’affaire suscite un électrochoc au Royaume-Uni.

L’affaire illustre une nouvelle fois les dérives d’une économie de plus en plus précarisée et ubérisée. Au Royaume-Uni, un livreur « auto-entrepreneur » travaillant pour le compte de la firme DPD, elle-même utilisée par des géants de la vente en ligne comme Amazon ou Marks & Spencer, est décédé après s’être effondré, il y a quelques mois, au volant de sa camionnette. Diabétique, il avait manqué plusieurs rendez-vous à l’hôpital par peur de subir une amende de 150 livres sterling de la part de son « employeur ».

DPD appartient à Geopost, elle-même filiale colis du groupe La Poste. Présente dans 26 pays, cette firme emploie environ 5000 livreurs au Royaume-Uni travailleurs « indépendants », payés seulement quand ils travaillent et ne bénéficiant d’aucune protection sociale. Lorsqu’ils manquent des tournées pour raisons médicales, DPD leur retient 150 livres sterling sur leur rémunération, comme l’explique le quotidien britannique The Guardian qui a révélé l’affaire :

Aux revenus perdus pour avoir manqué une journée de livraisons s’ajoutent les amendes imposées par DPD pour "liquider les dommages" lorsque les livreurs ne peuvent pas s’arranger pour être remplacés. Lorsque que cela arrive, un livreur malade, qui gagne environ 200 livres par jour, ne perd pas seulement sa rémunération mais doit payer en plus 150 livres, soit une perte totale de 350 livres. (...) Les conducteurs de DPD déclarent que ces amendes sont appliquées de manière non systématique, à la discrétion des managers, ce qui en fait une menace permanente.

Un porte-parole de DPD, filiale du groupe international de livraison GeoPost (...) a défendu le droit de l’entreprise à imposer des frais pour recouvrir ses coûts lorsque les livreurs manquaient les livraisons. "Les conducteurs franchisés de DPD ne se voient pas imposer une amende lorsqu’ils sont malades, a-t-il déclaré. Ces franchisés passent un contrat pour fournir un service. S’ils ne sont pas capables de fournir ce service eux-mêmes ils sont tenus de fournir un conducteur de remplacement. S’ils ne le font pas, DPD doit assurer directement le service et se réserve donc le droit de facturer le franchisé pour les coûts induits."

Lire l’intégralité des articles du Guardian ici et là->https://www.theguardian.com/business/2017/mar/03/sick-dpd-couriers-face-150-charge-if-unable-to-find-cover] (en anglais).

Le Royaume-Uni a poussé la dérégulation du marché du travail encore plus loin que d’autres pays, et avait accordé son autorisation officielle aux pratiques sociales de la filiale de La Poste. Les travailleurs britanniques de DPD ont néanmoins commencé à [s’organiser et à se syndiquer pour protester contre les conditions qui leur sont faites.

Geopost - qui utilise la marque DPD partout dans le monde sauf en France - a réalisé un chiffre d’affaires de 6,2 milliards d’euros, à 77% hors de France. L’essentiel de son activité provient des livraisons pour le compte de la vente en ligne, à commencer par Amazon qui représente 10% de ses revenus. Elle s’est positionnée sur le créneau de l’économie numérique flexibilisée, espérant même capitaliser sur les « données » récupérées via les livraisons [1]. Le Royaume-Uni est souvent cité en exemple par ses dirigeants. C’est par exemple là que le groupe a commencé à livrer le dimanche. Un bien triste laboratoire pour la Poste de demain.

Olivier Petitjean

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Photo : 28704869 CC via flickr