Source : Libération

Concentration

Bayer-Monsanto : ces inquiétants nouveaux monstres de l’agrochimie

L’entreprise chimique allemande Bayer a annoncé son souhait de racheter Monsanto, le géant des OGM et des pesticides. Un projet de fusion qui fait suite à celle de DuPont et Dow ainsi qu’au rachat de Syngenta par ChemChina. Alors que le secteur de la chimie et des semences était déjà extrêmement concentré, il pourrait bientôt être dominé par trois mastodontes seulement, qui consolideraient ainsi leur mainmise sur l’agriculture. Cette vague de concentrations s’inscrit dans un contexte de course au brevets et aux biotechnologies, mais aussi de remise en cause de l’impact environnemental et sanitaire de leurs produits.

Libération fait le point sur les forces en présence :

Certains le surnomment déjà « le mariage des affreux ». Le groupe allemand Bayer, connu pour fabriquer, entre autres, les très décriés pesticides « tueurs d’abeilles », convoite l’américain Monsanto, spécialiste des semences OGM, fabricant de l’herbicide Roundup et bête noire des écologistes. Pour parvenir à ses fins, Bayer s’est dit prêt, lundi, à faire un gros, un immense chèque : 62 milliards de dollars (55 milliards d’euros). Ce qui en ferait la plus grosse acquisition d’un groupe étranger par une entreprise allemande, loin devant celle de Chrysler par Daimler à la fin des années 90, pour 36 milliards de dollars. (...)

La course à la taille entre les géants de l’agrochimie a pour objectif de contrôler un maximum de brevets, en particulier sur les OGM. Et de vendre aux agriculteurs un « paquet complet », incluant les semences et les engrais et pesticides chimiques qui vont avec. Voire le conseil, les équipements ou les « services climatiques » : Monsanto a ainsi déboursé près d’un milliard de dollars en 2013 pour s’offrir The Climate Corporation, fondé par des anciens de Google et spécialisé dans l’analyse ultralocalisée du risque agricole et la vente de polices d’assurance associées… « Avec un tel "paquet complet", l’agriculteur sera totalement sous la dépendance d’une seule entreprise, prédit Guy Kastler, de la Confédération paysanne. Et ces multinationales, de plus en plus grosses, auront encore plus de poids sur les gouvernements pour faire passer des réglementations qui obligeront les agriculteurs à utiliser leurs produits. Regardez la guerre qu’elles font déjà aux semences paysannes, désormais encore plus menacées d’appropriation par les brevets sur les "new breeding techniques", ces nouveaux OGM que les firmes rêvent de pouvoir vendre sans étiquetage. J’y vois une menace pour l’ensemble des citoyens, car nous risquons de perdre notre souveraineté politique et notre indépendance alimentaire. »

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Monsanto a refusé la première offre financière de Bayer, l’estimant trop basse. Les discussions sont en cours en vue d’une nouvelle offre. La fusion - tout comme celle de Dow et DuPont et de Syngenta et ChemChina - devra ensuite être validée par les autorités de régulation de la concurrence, ce qui est loin d’être garanti.