Attractivité ?

Brexit : Paris se lance dans la course au moins-disant fiscal pour attirer les traders londoniens

par Olivier Petitjean

La sortie annoncée du Royaume-Uni de l’Union européenne est en train de relancer la course au dumping fiscal et financier au sein du vieux continent. Plusieurs pays se sont déjà positionnés pour reprendre le flambeau de la place financière londonienne, au cas où celle-ci ne pourrait plus assurer de transactions en euros. Parmi les candidats qui cherchent à attirer les traders et les institutions de la City, des territoires déjà connus pour leurs conditions fiscales avantageuses comme le Luxembourg et l’Irlande. Mais aussi la France, qui vient d’annoncer une série de mesures destinées à encourager les relocalisations vers la place financière parisienne.

Et si Paris redevenait la place financière centrale de l’Europe, comme elle l’était il y a un siècle ? Sitôt annoncés les résultats du référendum britannique sur la sortie de l’Union européen, le monde financier français et ses banques n’ont pas caché leur souhait de sauter sur l’opportunité que constituait le « Brexit ». Le Premier ministre Manuel Valls a confirmé cette orientation lors du forum Paris Europlace, destiné à promouvoir la place financière parisienne.

En présence de la maire de Paris Anne Hidalgo et de la présidente de la région Ile-de-France Valérie Pécresse, il a annoncé une série de mesures fiscales destinées à attirer les traders londoniens et leurs employeurs. Il a notamment promis qu’il ferait tout pour que « le régime des impatriés [les travailleurs qui se relocaliseraient en France] devienne le plus favorable d’Europe » en termes fiscaux, avec un allongement des exonérations fiscales dont ils bénéficient et la mise en place d’un guichet unique pour les renseigner sur les conditions fiscales dont ils pourront bénéficier. Les primes d’impatriation seraient exonérées de taxe sur les salaires. A également été évoquée l’ouverture d’écoles internationales… Le Premier ministre a enfin promis que le taux de l’impôt sur les sociétés serait ramené de 33% actuellement (sans tenir compte des divers crédits d’impôts en place) à 28%.

« C’est plus que jamais le moment de venir en France ! », a conclu Manuel Valls. Une position partagée par tout le secteur de la finance. Le président de BNP Paribas Jean Lemierre a déclaré qu’« on ne peut plus compter sur le Royaume-Uni, pour la première fois. Il n’y a plus de gouvernement, on ne peut pas avoir confiance dans l’avenir, il y a trop d’incertitudes » - tout en précisant que la banque n’avait pas de projet de relocalisation de certaines de ses activités pour le moment. Le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau (ex BNP Paribas) a indiqué que serait mise en place une procédure accélérée pour examiner les demandes d’institutions financières britanniques souhaitant se relocaliser à Paris. « L’union sacrée entre l’industrie financière, les collectivités locales et les pouvoirs publics pour soutenir un projet de long terme pour la place de Paris se prolonge », s’est félicité Arnaud de Bresson, délégué général de Paris Europlace. « Il faut agir vite car la compétition est lancée. »

Concurrence européenne

Le « Brexit » risque en effet d’avoir pour conséquence d’empêcher la City de passer des transactions en euros, comme c’est le cas actuellement. Par exemple, comme le rappelle EurActiv, « les trois quarts du marché des dérivés en euro se déroule aujourd’hui à … Londres ». La France n’est cependant pas seule sur les rangs pour récupérer ce juteux business. Les autorités luxembourgeoises ont déjà programmé une tournée londonienne pour vanter les conditions juridiques et fiscales offertes par le Grand Duché, tandis que l’Irlande a elle aussi mis en place des mesures incitatives et contacté directement des centaines de gestionnaires de fonds basés à Londres pour faire la publicité de la place de Dublin. La place de Francfort a elle aussi mis des dispositifs en place pour attirer les expatriés de la City.

Le gouvernement britannique n’est évidemment pas en reste, puisque le chancelier George Osborne a déjà annoncé que l’impôt sur les sociétés pourrait être progressivement ramené à moins de 15% (alors que ce taux est déjà l’un des plus bas des grands pays occidentaux) pour éviter les délocalisations d’entreprises. Des mesures sont également envisagées pour encourager les riches particuliers étrangers à rester à Londres. Une perspective que beaucoup considèrent comme une tentative de transformer la Grande-Bretagne en immense paradis fiscal aux portes de l’Europe (ce qu’il est déjà partiellement). Le « Brexit » aura donc déjà eu pour effet d’annihiler les maigres progrès obtenus ces dernières années pour mettre un terme à la course au moins-disant fiscal entre pays européens [1].

Olivier Petitjean

— 
Photo : Francisco Gonzalez