Source : CIPER

Empire commercial

Business de l’eau : comment Suez a tissé sa toile au Chili

Au Chili, le groupe Suez environnement - via sa filiale espagnole Agbar - s’est construit en quelques années un empire commercial très lucratif, qui représente aujourd’hui une proportion importante de ses profits. Aux profits directs engrangés par Suez sur ses concessions s’ajoutent des millions de profits supplémentaires via un réseau complexe d’entreprises et de filiales à qui elle sous-traite une partie de ses travaux. Selon une enquête du CIPER, organisation chilienne dédiée au journalisme d’investigation, le groupe franco-espagnol profite à la fois des lacunes du droit chilien et de ses relations privilégiées avec les fonctionnaires chargés de réguler le secteur.

Le Centro de Investigación Periodística (CIPER) revient en détail sur l’histoire de Suez/Agbar au Chili :

En 2013, le résultat d’exploitation du groupe Agbar, propriétaire au Chili d’Aguas Andinas, était de 2 036 millions d’euros. Une partie importante de ces bénéfices proviennent des (au moins) 15 filiales d’Agbar opérant au Chili. Agbar est présent dans quinze pays sur trois continents, mais les juteux profits qu’Aguas Andinas et les autres sociétés liées au groupe y obtiennent ont positionné le Chili comme le « joyau d’outremer » d’Agbar, qui appartient elle-même à un groupe français, Suez Environnement.

Avec 50,1%, Agbar est l’actionnaire majoritaire d’Aguas Andinas, la société qui gère l’approvisionnement et le traitement de l’eau pour environ 6 millions de personnes dans la région de Santiago, capitale du Chili (...). En 2013, Aguas Andinas a engrangé un bénéfice net de plus de 155,7 millions d’euros, ce qui représente 44% des bénéfices cumulés engrangés par toutes les entreprises du secteur au Chili. Aguas Andinas est également propriétaire au Chili des entreprises Aguas Cordillera, Aguas Manquehue et d’Iberaguas, qui contrôle 51% d’Empresa de Servicios Sanitarios de Los Lagos (ESSAL, Région X du Chili). Ces entreprises ont apporté 43,97 millions d’euros de profits supplémentaires à Agbar en 2013.

Et c’est encore loin d’épuiser les bénéfices engrangés par le Groupe Agbar au Chili. Depuis 1999, suite à l’acquisition de 50,1% de l’entreprise publique EMOS, Santiago est devenu une mine d’or pour le groupe franco-espagnol. Les réformes législatives dans le domaine sanitaire lui ont ouvert des possibilités illimitées de développement. Au début des années 2000, tout était à faire, principalement dans le domaine du traitement des eaux usées. Un contexte qui permis à Aguas Andinas et à sa société mère Agbar de tisser un réseau complexe de sociétés liées entre elles [voir la cartographie ci-dessous réalisée par le CIPER], auxquelles elle facture tous les ans des millions d’euros pour divers biens et services.

En 2013, les transactions déclarées par Aguas Andinas avec des sociétés liées à sa propre société mère Agbar s’élevaient à 47,2 millions d’euros. La Direction des services sanitaires (SISS) reconnaît que les profits de ces entreprises sous-traitantes et tout ce qui se passe dans ce secteur d’activité est en dehors de son champ de compétence. « La loi ne traite pas de cette question, les filiales font partie du secteur non réglementé », a déclaré à CIPER la superintendante des services sanitaires Magaly Espinosa.

Lire l’intégralité de l’enquête (en espagnol) sur le site du CIPER.

Nous avons traduit l’enquête en collaboration avec Ritimo. La version française intégrale est accessible ici.

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Photo : Francisco Javier Cornejos CC