Prix Pinocchio

COP21 : BNP Paribas s’accroche au charbon

par Olivier Petitjean

BNP Paribas, seule banque à figurer parmi les sponsors officiels de la prochaine Conférence climat de Paris, est aussi le leader français du financement des énergies sales - qu’il s’agisse de charbon, de gaz de schiste, de sables bitumineux ou d’autres sources fossiles. C’est aussi une banque qui – contrairement à un nombre croissant de ses paires – refuse toujours de prendre le moins engagement significatif de retrait du secteur du charbon, malgré la pression de l’opinion publique et de la société civile. C’est pourquoi BNP Paribas est nominée cette année aux « prix Pinocchio du climat ».

Responsable à lui seul de près de 40% des émissions globales de dioxyde de carbone, le charbon est considéré à juste titre comme l’ennemi numéro un du climat. Son extraction dans des mines et sa combustion dans des centrales électriques sont en outre une source majeure de pollution de l’air et de l’eau, dont le coût humain est souvent dramatique. On estime ainsi à 18 000 le nombre de décès prématurés causés en Europe par la pollution issue des centrales au charbon.

Pourtant, malgré ces impacts extrêmement problématiques, les grandes banques mondiales – parmi lesquelles BNP Paribas – n’ont cessé d’augmenter leurs investissements dans le charbon depuis 2005. Dans la foulée de la crise financière globale, à la recherche de secteurs facilement rémunérateurs, elles ont massivement misé sur la croissance de la demande de charbon, notamment en Chine et en Inde. C’est ainsi que BNP Paribas a triplé ses investissements annuels dans le secteur charbonnier entre 2005 et début 2014. En tout, sur cette période, la banque y a consacré 15,6 milliards d’euros.

Les banques françaises, championnes du charbon et des énergies fossiles

Plus généralement, selon une étude rendue publique aujourd’hui par Oxfam France et les Amis de la terre, les cinq plus grandes banques françaises – BNP Paribas, Société générale, Crédit agricole, Natixis et Crédit mutuel-CIC - ont investi collectivement pas moins de 129 milliards d’euros dans le secteur des énergies fossiles entre 2009, année du sommet de Copenhague sur le climat, et 2014. On n’observe aucune inflexion significative de cette tendance puisque les sommes consacrées par ces banques au pétrole, au charbon et au gaz sont à nouveau en augmentation depuis 2011. Dans le même temps, leurs investissements dans les énergies renouvelables plafonnaient à 18 milliards d’euros, soit sept fois moins. « Quand on sait que les cinq prochaines années seront cruciales pour infléchir la hausse des températures, les banques françaises doivent dès maintenant opérer un virage à 180° en sortant des fossiles à commencer par le charbon, et en finançant réellement la transition énergétique », souligne Alexandre Naulot d’Oxfam France. BNP Paribas fait particulièrement piètre figure avec 52 milliards investis dans les énergies fossiles depuis 2009, contre seulement 6 - neuf fois moins - dans les renouvelables.

Comme le notent les Amis de la terre, la banque n’a pas hésité à investir dans des projets charbonniers parmi les plus controversés au monde, comme les centrales de Medupi et Kusile, en cours de construction en Afrique du Sud, ou encore celle de Tata Mundra en Inde. Cette dernière, que BNP Paribas est la seule banque internationale à avoir financé, illustre bien la « double peine » infligée à l’environnement et aux hommes par le charbon, directement à travers ses impacts sur les riverains des mines et des centrales, et indirectement à travers sa contribution au dérèglement climatique. Un autre financeur de la centrale de Tata Mundra, la Société financière internationale (filiale de la Banque mondiale) est d’ailleurs l’objet d’une procédure judiciaire aux États-Unis, intentée par des pêcheurs et des agriculteurs locaux qui la rendent responsables de la perte de leurs moyens de subsistance et de la dégradation de leur santé.

Désinvestissement

BNP Paribas est bien consciente des problèmes que posent le charbon, comme en témoignent ses décisions récentes – obtenues sous pression de la société civile - de ne pas investir dans les projets de mine de charbon dans le bassin de Galilée en Australie (lire notre article), ni dans le projet de centrale de Rampal, au Bangladesh (lire notre article). Mais elle reste pour l’instant totalement sourde aux appels des militants du climat, parfois rejoints par certains acteurs de la finance, qui exigent une sortie totale et immédiate du secteur du charbon. Plusieurs banques et autres établissements financiers – comme le Crédit agricole, Natixis et Axa au niveau français, ou encore Citi et Bank of America – ont déjà annoncé leur retrait partiel du secteur charbonnier. De même pour certaines firmes énergétiques qui ont gelé tout nouveau projet lié au charbon, comme l’a fait dernièrement Engie.

Certes, la plupart de ces annonces restent partielles (voire très partielles) et bien en deçà de la sortie claire et définitive du charbon et des autres énergies fossiles que les Amis de la terre et leurs alliés appellent de leurs vœux. Et certes, le désinvestissement du charbon que l’on observe actuellement chez de nombreux investisseurs a autant à voir avec la crise économique que traverse actuellement ce secteur qu’avec des motivations environnementales. La sortie du charbon ne suffira pas non plus à elle seule à résoudre le problème du climat si le charbon est remplacé par du gaz, notamment du gaz issu de la fracturation hydraulique dont les émissions de gaz à effet de serre sont du même ordre de grandeur.

Pourtant, le refus de BNP Paribas d’annoncer ne serait-ce qu’un désinvestissement symbolique du charbon, malgré son statut de sponsor officiel de la COP21, paraît symptomatique de la politique de l’autruche qui reste celle d’une bonne partie des milieux d’affaires. C’est pourquoi les Amis de la terre France ont décidé de nominer la banque au « prix Pinocchio du climat » qu’ils organisent cette année avec Peuples Solidaires, CRID/Une seule planète, les Amis de la terre Europe et le Corporate Europe Observatory.

Mesures cosmétiques

L’attitude de BNP Paribas paraît également emblématique d’une attitude qu’on aurait pu espérer révolue, selon laquelle il suffirait de financer quelques actions cosmétiques – qu’il s’agisse de recherche scientifique sur le changement climatique, d’exposition sur l’innovation sociale ou d’une conférence internationale sur le climat – pour s’acheter une bonne conscience climatique. Ou bien encore, comme l’a fait BNP Paribas en 2011, de mettre en place une « politique » et des « critères » pour encadrer ses investissements dans le charbon et faire croire que cela va régler les problèmes une fois pour toutes. En réalité, comme le soulignent les Amis de la terre, les investissements de BNP Paribas ont continué à augmenter de manière continue depuis l’adoption de cette politique, plafonnant à deux milliards d’euros environ en 2013 et 2014.

Pour les co-organisateurs des prix Pinocchio, l’urgence climatique impose d’aller au-delà des demi-mesures en sortant clairement et définitivement du charbon puis des autres énergies fossiles. Premier financeur français du charbon et sponsor officiel de la COP21, BNP Paribas leur paraît le symbole même de l’irresponsabilité climatique des multinationales. « Cela ne peut plus durer : il est urgent que BNP Paribas s’engage, comme ses paires, dans une sortie des énergies fossiles et annonce avant la COP21 la fin de ses soutiens au charbon », estime Lucie Pinson des Amis de la terre.

Les internautes sont invités à lui transmettre le message à travers leur suffrage sur le site des prix Pinocchio. Les votes sont ouverts jusqu’au 2 décembre.

Olivier Petitjean

— 
Photo : Will Fisher CC