Source : Greenpeace

Lobbying

Charbon : quand les plus gros pollueurs européens ont libre cours pour se réguler eux-mêmes

par Olivier Petitjean

L’Union européenne se prépare à adopter de nouveaux standards de qualité de l’air qui s’appliqueront notamment aux centrales électriques au charbon. Selon Greenpeace, les normes envisagées par l’Europe sont inférieures à celles qui existent ailleurs dans le monde, y compris en Chine. L’organisation écologiste y voit le résultat du lobbying des industriels du secteur, encouragés par leurs gouvernements. Plus de la moitié des membres du groupe chargé d’élaborer ces nouveaux standards sont ainsi des employés de grandes entreprises charbonnières, parfois intégrés à des délégations nationales. L’entreprise publique française EDF, qui possède certaines des centrales au charbon les plus polluantes d’Europe, est ainsi présente dans deux délégations officielles, celle de la Pologne et celle du Royaume-Uni !

En plus d’être une source majeure de gaz à effet de serre, le charbon est l’une des principales causes de pollution de l’air en Europe et dans le monde. Dioxyde de soufre, mercure, monoxyde d’azote, arsenic, plomb, cadmium... — cette pollution a d’importantes conséquences sanitaires, puisqu’on estime à plus de 20 000 le nombre annuel de décès prématurés en Europe du fait des centrales électriques au charbon.

Dans le cadre de la révision de sa directive sur les émissions industrielles, l’Union européenne doit adopter de nouveaux standards de pollution de l’air qui s’appliqueront notamment aux centrales à charbon. Une instance appelée Bureau européen de prévention et réduction intégrées de la pollution (IPPC, selon l’acronyme anglais) est chargée de proposer de nouveaux standards. L’organisation écologiste Greenpeace a étudié la proposition mise sur la table par son « groupe de travail technique ». Elle a découvert que les normes en discussion, si elles entraîneraient bien une réduction des émissions polluantes des pires centrales européennes, restent bien inférieures à celles en vigueur aux États-Unis, au Japon ... et même en Chine, pourtant souvent présentée comme le mauvais élève planétaire dans ce domaine [1].

Les normes proposées sont également inférieures aux émissions actuelles des centrales au charbon les plus modernes d’Europe. Selon Greenpeace, elles permettraient des émissions de dioxyde de soufre cinq fois supérieures à celles des meilleures centrales actuelles, mais aussi des émissions de monoxyde d’azote 2,5 fois supérieures, de mercure cinq fois supérieures, et des émissions deux fois supérieures de particules fines.

Des délégations nationales au service des entreprises du charbon

Comment expliquer ce manque d’ambition européen ? Pour Greenpeace, c’est avant tout le résultat de la pression des industriels, désireux de maintenir en vie leurs nombreuses centrales très anciennes et très polluantes en Europe de l’Est, mais aussi dans certains pays d’Europe de l’Ouest (Royaume-Uni, Allemagne). Et de nombreux gouvernements semblent avoir choisi de les soutenir, puisque plusieurs délégations officielles nationales au « groupe de travail technique » sont majoritairement composées... d’employés des grandes entreprises européennes les plus impliquées dans le charbon. La délégation de l’Espagne en compte huit sur douze (Iberdrola, Endesa), celle du Royaume-Uni cinq sur neuf (EDF, RWE, E.ON) et celle de la Grèce remporte la palme dans ce domaine puisque six de se ses sept représentants sont des employés de l’entreprise publique PPC, qui détient d’importants actifs dans le lignite. L’entreprise publique française EDF, qui possède certaines des centrales au charbon les plus polluantes d’Europe, est présente dans deux délégations officielles, celle de la Pologne et celle du Royaume-Uni !

Si l’on y ajoute les représentants directs de l’industrie au groupe de travail, ce sont en tout 183 membres sur 352 qui y portent la voix du secteur privé.

Et l’influence des lobbies du charbon va encore plus loin, puisque Greenpeace montre que deux contributions d’autorités environnementales nationales - le ministère de l’Environnement espagnol et l’Agence de l’environnement irlandaise - ne sont qu’un copier-coller des positions du lobby Eurelectric, qui représente les grandes compagnies d’électricité européennes.

La France, qui ne compte pas d’employés d’entreprises privées dans sa délégation officielle, fait néanmoins partie des pays qui ont également poussé à l’affaiblissement des standards. Les seuls bons élèves selon Greenpeace sont les Pays-Bas, la Suède et l’Autriche.

Le rapport complet réalisé par Greenpeace est disponible ici (en anglais) [2].

Olivier Petitjean

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Photo : Guy Gorek CC