Source : The Independent

Protection sociale

Contestés, Atos et le gouvernement britannique choisissent de durcir encore les conditions faites aux handicapés

Atos, une firme française de services informatiques, s’est vue confier par le gouvernement britannique l’évaluation de l’aptitude au travail des bénéficiaires de l’allocation handicapés. Une mission d’apparence anodine qui masque un objectif autrement plus dérangeant : celui de réduire au maximum le nombre des ayant-droits. L’entreprise française s’est rapidement retrouvée sous le feu des critiques du fait de ses méthodes pour le moins abruptes. Résultat : 42% des décisions d’Atos sont annulées en appel. Qu’à cela ne tienne : le journal The Independent révèle le gouvernement britannique et Atos ont trouvé la solution pour décourager encore plus les ayant-droit à faire appel des décisions de l’entreprise.

Pour en savoir plus sur le scandale causé en Grande-Bretagne par les méthodes d’Atos, lire Sous-traiter la protection sociale au détriment des plus vulnérables ? Atos au Royaume-Uni.

Plus de la moitié des demandes d’allocation handicap seraient désormais refusées, dans des conditions très contestables. Plusieurs cas tragiques ont été mis au jour, comme des handicapés poussés au suicide ou jugés « aptes au travail » alors qu’ils étaient en train de mourir dans un lit d’hôpital. Une journée nationale d’action est prévue outre-Manche le 19 février prochain, soutenue par des organisation de défense des handicapés, des mouvements sociaux, des syndicats et des partis politiques (Verts, Labour).

Les Citizen Advice Bureaux, des structures non gouvernementales qui assistent les citoyens britanniques dans leurs démarches administratives, déclarent avoir traité un demi-million de cas liés à l’allocation handicap depuis l’arrivée d’Atos et l’introduction du nouveau système. Les procédures d’appel ont un coût significatif pour les finances publiques.

The Independent révèle que pour faire face au nombre élevé d’appels victorieux contre les décisions d’Atos, au lieu de remettre en cause les méthodes mises en oeuvre, le gouvernement britannique et la firme française ont choisi de donner un tour de vis supplémentaire dans le durcissement du système. Désormais, les ayant-droits potentiels qui feraient appel se verront privés de leur allocation durant toute la durée de la procédure, et contraint de faire réévaluer l’ensemble de leur dossier avant de lancer un appel formel et de pouvoir saisir les Citizen Advice Bureaux.

Le ministère avance que cette nouvelle procédure permettra de faire réévaluer l’ensemble de la procédure avant de lancer un appel coûteux et stressant pour les demandeurs. Le porte-parole d’Atos, pour sa part, souligne que « les appels se font contre les décisions [de l’administration britannique], pas contre Atos »...

Le directeur générale des Citizens Advice Bureaux déclare de son côté : « Les nouveaux obstacles bureaucratiques récemment mis en place par l’administration avant que les gens puissent obtenir le soutien dont ils ont bien besoin signifient que des milliers de gens seront forcés de se débrouiller tout seuls, sans source de revenus. Le meilleur moyen de réduire le nombre et le coût des appels est de s’assurer que les décisions prises sont bonnes au premier coup, plutôt que de les forcer à passer par des étapes supplémentaires inutiles et stressantes. »

Lire l’article de The Independent (en anglais).