Source : Inter Press Service (IPS)

Compétitivité

Dans les usines textiles d’Haïti, salaires de misère et répression syndicale

par Olivier Petitjean

Haïti a émergé ces dernières années comme un important pourvoyeur de main d’oeuvre bon marché pour le secteur textile. Dans les usines des zones franches haïtiennes, des milliers d’ouvrières fabriquent des vêtements pour Gap, Walmart ou Levi’s. Dirigeants économiques et politiques refusent d’améliorer leurs salaires et leurs conditions de travail pour maintenir la « compétitivité » du pays face à la concurrence du Bangladesh et du Cambodge...

Les ouvriers haïtiens viennent d’obtenir une augmentation minimale de leurs salaires, qui sera porté de 200 à 225 gourdes (4,65 à 5,23 dollars). Un montant qui ne suffira pas à leur assurer des revenus décents, et qui est aussi très éloigné des 500 gourdes revendiquées par les travailleurs du textile à l’occasion de plusieurs manifestations de rue au cours du mois de novembre.

Il n’est pas certain non plus que les ouvriers du textile voient réellement la couleur de cet argent, les vols de salaires étant fréquents dans les usines. Des visites de terrain effectuées par l’Organisation internationale du travail (OIT) et d’autres institutions internationales ont établi que la majorité des ouvrières ne recevait le salaire minimum théorique de la branche qu’une fois sur quatre !

Selon le reportage de l’Inter-Press Service (IPS), les zones franches d’Haïti abritent 30 000 ouvrières textiles. Les usines, dirigées par des Haïtiens, des Dominicains et des Sud-Coréens, travaillent principalement pour de grandes marques américaines. Leurs patrons se sont unis pour refuser une amélioration du sort des ouvrières au nom de la nécessité de « préserver la compétitivité d’Haïti » face à ses « grands rivaux », le Bangladesh, le Cambodge et le Vietnam. Autant de pays connus pour abriter des usines textiles où règnent des conditions de travail catastrophiques, avec des salaires très bas (lire notre dossier). Il y a quelques années, l’ambassade des États-Unis était intervenue pour bloquer un premier projet d’augmentation des salaires.

Zones franches, dispenses fiscales, répression syndicale latente... Suite au tremblement de terre de 2010, une politique de libéralisation agressive a été menée en Haïti, sous l’inspiration des élites politiques et économiques étasuniennes (notamment celle de Bill Clinton). De nombreuses usines en bas de chaîne de production s’y sont installées. Comme le dit si éloquemment le slogan officiel du gouvernement haïtien, Haiti is open for business ! (« Haïti est ouverte au business »)...

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Photo : Jude Stanley Roy/IPS