Contre-rapport

Énergies fossiles, dividendes, grands barrages et libéralisation : le véritable bilan annuel d’Engie

Le groupe énergétique Engie (ex GDF Suez) s’affiche volontiers comme un champion de la transition énergétique, mais ses pratiques et ses sources de production ont-elles réellement changé ? La gestion du groupe privilégie-t-elle les intérêts financiers à court terme des dirigeants et des actionnaires (dont l’État français), ou bien ceux des usagers, des salariés, et les intérêts à long terme de l’entreprise elle-même ? C’est à ces questions que tente de répondre l’Observatoire des multinationales à travers son « rapport annuel alternatif » sur Engie. C’est le second rapport de ce type publié cette année par l’Observatoire, après celui sur Total paru à la fin du mois de mai.

« Le monde change et avec lui toutes nos énergies » : tel est le slogan choisi par GDF Suez en 2015 pour annoncer sa métamorphose en Engie. Un changement de nom qui ressemble davantage à un ravalement de façade qu’à une véritable transformation du groupe énergétique, héritier du service public du gaz en France (GDF, partiellement privatisé en 2006) et de l’opérateur historique de l’électricité belge (Electrabel, racheté intégralement par Suez en 2005). Car, comme le montre le « véritable bilan annuel » publié par l’Observatoire des multinationales, si le nom change, les sources de production d’énergie d’Engie, elles, sont toujours aussi polluantes, malgré l’ampleur des enjeux sociaux et environnementaux, en particulier climatique, auxquels nous sommes confrontés. La gestion de l’entreprise est toujours marquée par les avantages financiers disproportionnés accordés aux actionnaires et aux dirigeants, au détriment des usagers et des citoyens, et de tout investissement dans une véritable transformation en profondeur de l’entreprise et de son appareil de production. Les travailleurs, de leur côté, sont surtout appelés à réaliser des « économies ».

Incendie d’une mine en Australie, contestation de projets de grands barrages par les tribus autochtones de l’Amazonie, conflits fiscaux et incidents à répétition dans les centrales nucléaires en Belgique, grands projets de gaz naturel liquéfié au Chili ou aux États-Unis, centrale à charbon polluante en Italie, affaires judiciaires, retraite chapeau, crise ukrainienne, privatisation et financement de la vie politique... Ce sont quelques-uns des dossiers et des thématiques abordées dans ce contre-rapport, qui cherche à mettre en lumière l’intégralité du bilan annuel d’Engie, y compris les impacts sociaux et environnementaux de ses activités et ses relations avec les dirigeants politiques.

Le gouvernement français a accepté Engie parmi les sponsors officiels de la Conférence internationale sur le climat (COP21) qui doit se tenir à la fin de l’année. Un choix contestable alors qu’Engie figure parmi les principaux émetteurs de gaz à effet de serre au niveau mondial et que ses engagements dans ce domaine restent très modestes, y compris par rapport à ses concurrents européens. Le groupe continue à investir dans le charbon et, pour lui, les énergies « vertes » semblent se réduire à la construction de barrages hydroélectriques géants. Pire peut-être, le groupe a milité activement au niveau européen pour freiner le soutien aux énergies renouvelables et promouvoir la cause du gaz, y compris du gaz de schiste.

Ce rapport annuel alternatif est une première en France. À la fin du mois de mai, l’Observatoire des multinationales avait déjà publié, en partenariat avec les Amis de la terre, le « véritable bilan annuel » de Total, à l’occasion de l’Assemblée générale du groupe. Deux autres « contre-rapports » seront publiés successivement dans les prochains jours, sur EDF et Areva.

Pour lire le véritable bilan annuel d’Engie, c’est ici.