Source : OpenOil

Quand Big Data rencontre Big Oil

Entre Total et ses filiales sur le terrain au Nigéria, « quatre entités dans trois pays différents »

OpenOil, une petite structure dédiée à la transparence des industries extractives et du pétrole en particulier, a développé une cartographie des acteurs économiques actifs dans le secteur pétrolier au Nigéria et de leurs relations réciproques. Une démarche qui permet d’aller au-delà de la dénonciation abstraite des "multinationales" pour identifier les réseaux d’acteurs et les chaînes de décision et de de responsabilité.

Comment les multinationales pétrolières « s’implantent »-elles donc au Nigéria ? Aperçu à partir de l’exemple de Total :

Cette cartographie en réseaux vise à démystifier les acteurs économiques du secteur pétrolier nigérian en montrant leurs relations les uns avec les autres : pour commencer, leurs relations de propriété et les contrats qui les lient. Trop souvent, lorsqu’on parle de pétrole, les gens parlent d’Exxon qui fait ceci ou BP qui fait cela. À un niveau général, ce n’est pas un problème, et c’est très efficace pour un militant qui essaie de mobiliser autour d’une cause : c’est le genre de peinture à gros coups de pinceaux qui peut faire réagir les gens sensibilisés. Mais cela réduit le combat à un combat contre une idée - la grande méchante industrie pétrolière - lorsqu’il devrait cibler un ensemble particulier d’acteurs responsables de mauvaises pratiques spécifiques, quel que soit leur secteur industriel. Même dans les cas où il n’y a pas de mauvaise pratique avérée, si vous êtes un militant local travaillant depuis votre bureau à Port Harcourt [principale cité du delta du Niger], il vaut mieux savoir qui exactement est en train de forer dans votre arrière-cour, plutôt que de vous en prendre au spectre anonyme des "multinationales pétrolières".

Prenez une firme dont la plupart des gens n’ont jamais entendu parler, Nigeria LNG Limited - producteur de gaz naturel liquéfié installé à Bonny Island. Comme le montre la cartographie, cette firme est une joint-venture entre Total LNG Nigeria Limited, Shell Gas BV, Eni International BV, et la Nigerian National Petroleum Corporation (NNPC). On voit ainsi qu’horizontalement, au moins quatre parties différentes sont impliquées dans les décisions de cette firme, dont trois sont des filiales locales d’entreprises multinationales. Cela signifie que verticalement, il y a encore plus d’acteurs impliqués indirectement.

Remontons cette chaîne de propriété et de prise de décision, en partant de Total LNG Nigeria Limited. Cette joint-venture est enregistrée aux États-Unis. La cartographie nous dit qu’elle est propriété de Total Gaz & Electricité Holdings France, enregistrée en France, laquelle est une filiale de Elf Aquitaine SA, elle-même une filiale de Total SA. Ainsi nous voyons grâce à la cartographie que pour remonter des unités de production de Nigeria LNG Limited dans le delta du Niger aux propriétaires ultimes de l’un des partenaires de sa joint-venture, nous devons remonter la chaîne de propriété à travers quatre firmes dans trois pays différents. Il ne suffit donc pas de dire simplement que "Total" est impliquée dans telle ou telle activité au Nigéria - comme le montre le réseau, ce sont ces entités commerciales spécifiques, contrôlées en dernière instance par Total SA en France, qui peuvent être tenues responsables des actions du producteur local Nigeria LNG Limited. (...)

L’objectif [de la cartographie] n’est pas d’apporter des réponses immédiates aux problèmes, mais d’aider les journalistes et les militants, les gouvernements et les entreprises à poser les bonnes questions. Il est intéressant de noter, par exemple, que Total LNG Nigeria Limited n’est mentionnée qu’une seule fois sur le site de Total Nigeria, malgré son implication dans une joint-venture - Nigeria LNG Limited - qui emploie pas moins de 18 000 Nigérians directement et indirectement.

Lire la totalité des commentaires ici. La cartographie est .

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Photo : Jenn Farr CC