Industries extractives

Grève générale, assassinats et état d’urgence autour d’un projet minier géant au Pérou

par Nolwenn Weiler

Sept morts, et des centaines de blessés : c’est le bilan – provisoire – du violent conflit généré par un méga-projet de mine de cuivre au sud du Pérou, Tia Maria, qui allonge la liste macabre des militants écologistes assassinés à travers le monde. Mené par la southern Peru copper corporation (SCC), filiale péruvienne du géant mexicain Grupo México, le projet devrait se concrétiser d’ici 2017. Objectif : extraire 120 000 tonnes de cuivre chaque année.

Accordée à l’entreprise pour une durée de 18 ans, la concession de Tia Maria devrait rapporter au Pérou plus de 600 millions d’euros d’exportations minières, et créer 3 500 emplois. Autant de promesses qui font rêver le gouvernement, mais pas les habitants de la région qui verra bientôt débarquer bulldozers et foreuses. Le projet minier se trouve dans une riche zone agricole, qui alimente en grande partie le sud du pays. Pommes de terre, riz, oignons, maïs, ail risquent fort d’être contaminés par les poussières venues de la mine, chargées en divers produits chimiques. La méthode utilisée pour obtenir le minerai demande en plus d’énormes quantités d’eau.

État d’urgence et suspension des libertés

Lancé en 2009, le projet a immédiatement été critiqué par les populations qui estimaient que les garanties de protection de l’environnement n’étaient pas suffisantes. Suspendu pendant un temps, le projet a été relancé en août 2014, suite à une nouvelle évaluation environnementale remise par l’entreprise, mais toujours contestée par les citoyens. Depuis la fin du mois de mars 2015, la violence est montée d’un cran entre les forces de l’ordre et les habitants de la région. Plusieurs opposants ont été tués. Le président péruvien Ollanta Humala a déclaré l’état d’urgence pour une durée de 60 jours, ce qui suspend les garanties constitutionnelles concernant la liberté et la sécurité des personnes, ainsi que la liberté de réunion et de circulation dans le territoire. L’ancien militaire a déjà eu recours à l’état d’urgence en 2011 puis en 2012, pour faire cesser des conflits miniers.

Principal moteur économique du pays, le secteur des mines est choyé par l’État, qui y voit une garantie de croissance et de développement. Le Pérou est le second producteur mondial de cuivre, et le cinquième producteur mondial d’or. Mais la société civile péruvienne dénonce la répression de la contestation et un usage disproportionné de la force. Début juin, des manifestations de soutien aux opposants au projet de méga-mine de cuivre ont eu lieu partout dans le pays. Une grève générale a été lancée dans plusieurs départements.

« Terroristes anti-miniers »

« Ce n’est pas une dictature mais une démocratie avec une croissance très forte, et ceux qui ne sont pas d’accord avec ce développement minier sont considérés comme des criminels. D’ailleurs une nouvelle terminologie a été inventée : celle de "terroristes anti-miniers" », énonce Rocío Silva Santisteban, coordinatrice nationale des droits de l’homme au Pérou, dont les propos ont été recueillis par le site Ambiente Indigena [1]. En avril 2014, on dénombrait près de 140 conflits socio-environnementaux au Pérou, dont près de 70% étaient liés avec l’extraction minière.

Nolwenn Weiler