Source : France Culture

Grands projets

ITER : l’un des plus importants chantiers européens, et une zone de non-droit pour les travailleurs

À Cadarache, au Sud des Alpes, le site du réacteur nucléaire expérimental à fusion ITER va bientôt accueillir plusieurs milliers de travailleurs, ce qui en fera l’un des plus importants chantiers européens. Projet international doté d’un budget de plusieurs milliards d’euros, ITER ressemble aussi et surtout à une vaste zone de non-droit et de dumping social. Il accueille des travailleurs détachés venus d’Europe du Sud, l’opacité règne, les droits syndicaux sont inexistants, et les pouvoirs publics eux-mêmes semblent avoir renoncé d’emblée à toute application du droit du travail.

Le chantier ITER devrait accueillir, d’ici quelques mois, entre 3000 et 4000 ouvriers, qui y construiront une quarantaine de bâtiments en plus du réacteur proprement dit. L’émission « Terre à terre » de France Culture est récemment revenue sur les problèmes de conditions de travail et d’atteintes aux droits des travailleurs sur le chantier.

Des syndicalistes CGT d’Areva et l’animateur d’un comité local de chômeurs y expliquent qu’ITER attire beaucoup de travailleurs détachés sous contrat intérimaire venus d’Espagne, du Portugal et d’Europe de l’Est - d’ailleurs mis en concurrence entre eux. La plupart sont hébergés dans des logements précaires, notamment des campings plus ou moins désaffectés.

Du fait de la nature internationale du projet ITER, le droit français ne s’y applique pas entièrement. Le consortium ITER - qui regroupe divers prestataires emmenés par le groupe français Vinci - n’a par exemple pas d’existence légale en tant que tel. Comme dans le secteur du BTP en général, le recours à la sous-traitance y est généralisé.

Les autorités publiques françaises ont refusé d’octroyer à ITER le label « grand chantier » - qui implique notamment certaines obligations supplémentaires en termes de dialogue social - et, parallèlement, ont accepté de limiter les pouvoirs de contrôle de l’URSSAF et autres administrations. Les syndicats n’ont évidemment pas non plus accès au chantier, où semble régner un climat d’intimidation des travailleurs. Au final, une vaste zone de non-droit social, au coeur des Alpes.

Pour écouter l’émission :

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Dans la première partie, les physiciens Monique et Raymond Sené reviennent sur l’histoire du projet ITER et les nombreuses difficultés scientifiques et techniques auquel il est confronté, qui font paraître ses promesses de plus en plus illusoires. Et ce alors que son budget se chiffre déjà à 17 milliards d’euros, apportés à 30% par la France. Aux dépens d’autres secteurs de recherche.

Olivier Petitjean