Source : Le Monde

Droits humains

Imerys en Agfhanistan : une entreprise française peut-elle s’approvisionner en pleine zone de conflit avec les talibans ?

Une enquête du Monde raconte comment Imerys, firme française spécialisée dans la fourniture de minéraux à l’industrie, a discrètement monté une chaîne d’approvisionnement en talc au Pakistan et en Afghanistan. L’extraction du matériau se fait dans une zone disputée par les talibans et des groupes terroristes, et contribuerait indirectement à leur financement.

Après la mise en cause de Lafarge pour avoir poursuivi ses activités en Syrie malgré la guerre civile et la proximité de Daech (lire notre article), c’est une seconde firme française qui se trouve mise en cause pour ses investissements dans des zones de conflit où opèrent des groupes terroristes.

Le Monde raconte comment Imerys a choisi de s’approvisionner en talc au Pakistan malgré la guerre et le risque de contribuer au financement de groupes insurgés :

Imerys consolide sa chaîne d‘approvisionnement alors qu’au même moment les rapports d’organisations internationales se multiplient pour alerter sur l’aggravation du conflit au Nangarhar et la mainmise des talibans sur les ressources minières. « Selon les autorités afghanes, les talibans ont pris le contrôle d’importantes opérations minières dans la province de Nangarhar. L’extraction de talc semble particulièrement préoccupante », met en garde l’équipe d’appui analytique et de surveillance des sanctions de l’ONU, dans un rapport public soumis au Conseil de sécurité en août 2015.

En octobre 2016, la situation est loin de s’améliorer. Le même comité précise au Conseil de sécurité que les talibans « extorquent de l’argent aux exploitations minières qui opèrent avec la licence du gouvernement ». Ashfaq Bangash, l’un des dirigeants de North West Minerals [le fournisseur que s’est créé Imerys], admet tout juste qu’« il faut payer des taxes à la tribu locale et au village, en plus de celle versée au gouvernement », sans davantage de précisions.

« Le talc coûte entre 40 et 60 dollars la tonne lorsqu’il sort de la mine afghane, et 150 dollars quand il arrive dans l’entrepôt de North West Minerals, de l’autre côté de la frontière. Entre les deux, entre 50 et 100 dollars partent dans les taxes officielles, les transports… et dans la nature », explique au Monde une source bien informée de la chaîne d’approvisionnement à la frontière afghane. Une partie de l’argent est en fait détournée par des fonctionnaires corrompus et par les insurgés.

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Outre les problématiques de financement indirect du terrorisme, l’enquête du Monde pointe les « conditions de travail spartiates » sur les sites d’extraction afghans et dans les usines de traitement du matériau au Pakistan :

Employés à la journée, ils sont payés 4,50 euros pour dix ou douze heures de travail. L’usine ferme parfois ses portes pendant des semaines, lorsque les approvisionnements cessent. « Aucun enfant ne travaille ici, témoigne au Monde un ouvrier de la plate-forme logistique de North Western Minerals à Karachi. Le seul problème, c’est que nous n’avons ni gants ni aucune protection pour notre travail, et rien pour nous soigner en cas d’accident. »

Est-il possible pour une firme française d’opérer dans ces régions dans des conditions acceptables ? À en croire le récit du Monde, les dirigeants d’Imerys ne semblent pas s’être posé beaucoup de questions sur les implications de leurs choix, au-delà de considérations purement financières et industrielles.

Suite à la publication de cette enquête, Imerys a précisé que ses approvisionnements en talc en Afghanistan et au Pakistan n’était qu’une ressource d’appoint, représentant moins de 1% du talc qu’elle vend dans le monde. La direction de l’entreprise rappelle également que ce choix d’approvisionnement s’est fait dans le respect de la législation nationale et internationale ainsi que de ses propres règles « de transparence, d’éthique et de qualité », et annonce une nouvelle mission d’inspection avec un organisme indépendant.

OP

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Photo : seaair21 CC