Source : Le Monde

Énergie sale

Italie, Australie : GDF Suez sent fort le charbon

En Italie et, à quelques milliers de kilomètres de là, en Australie, deux événements viennent de mettre en lumière, s’il en était besoin, l’impact environnemental et sanitaire de l’exploitation du charbon. Et aussi l’implication significative d’un groupe comme GDF Suez dans cette source d’énergie particulièrement nocive pour les hommes et le climat.

Le charbon, « un combustible plus que jamais d’actualité » pour GDF Suez, selon les termes de son site internet. De fait, les investissements du groupe français - pourtant plus connu pour ses activités gazières - dans cette source d’énergie ont défrayé la chronique ces dernières semaines.

En Australie, dans l’État de Victoria, la mine de charbon de Hazelwood, exploitée directement par GDF Suez [1] pour alimenter une centrale électrique située à proximité, subit un incendie depuis le 9 février 2014, voici plus d’un mois. Incendie qui provoque d’importantes émissions de gaz toxiques et de particules fines, suscitant l’inquiétude et la colère des habitants de la ville voisine de Morwell. Le Monde revient en détail sur l’impact de l’incendie et la controverse qu’il suscite en Australie.

L’entreprise française est accusée d’avoir négligé la sécurité anti-incendie, en particulier dans les parties abandonnées de la mine. Elle est aussi dénoncée pour son manque de transparence sur l’état de la mine et sur son impact potentiel sur les populations voisines et l’environnement. La centrale de Hazelwood a récemment été classée par le WWF Australie comme la moins efficiente en termes d’émissions de CO2 de tous les pays de l’OCDE !

La sécheresse que connaît actuellement le Sud-est de l’Australie rend la tâche des pompiers plus difficile, mais ils annonçaient, le 10 mars dernier, avoir circonscrit (mais non encore éteint) l’incendie.

Négligence

Au même moment, en Italie, la justice ordonnait la fermeture de deux unités au charbon de la centrale électrique de Valdo Ligure, à proximité de Gênes, propriété à 50% de GDF Suez. Cinq personnes, dont l’actuel directeur de l’usine et son prédécesseur, auraient été mis en examen pour homicide par imprudence et atteinte à l’environnement. Datant des années 1970 et qualifiée de vétuste par la justice, la centrale de Valdo Ligure est accusée d’avoir causé la mort de plusieurs centaines de personnes et l’hospitalisation de milliers d’adultes et d’enfants du fait de la pollution de l’air occasionnée.

Selon l’ONG Greenpeace, qui qui s’est félicitée de la décision de justice, il s’agit de la centrale la plus polluante d’Italie. L’entreprise s’était vue accorder jusqu’au 14 septembre 2013 pour se mettre aux normes sanitaires, mais semble avoir négligé de le faire. Elle récuse aujourd’hui les conclusions de la justice italienne et demande une contre-expertise.

À ce jour, le charbon représente environ 13% de la capacité de production électrique de GDF Suez [2]. Et GDF Suez souhaite construire de nouvelles centrales au charbon en Allemagne, aux Pays-Bas, ou encore en Pologne, en assurant qu’elles ont été conçues pour qu’un jour futur, on puisse en récupérer et stocker les émissions de CO2.

Tout en pariant ainsi sur une technologie virtuelle à l’avenir encore très incertain, le groupe énergétique français ne semble pas très préoccupé de réduire l’impact sanitaire et environnemental de son parc existant.

Olivier Petitjean