Source : Le Monde

Délocalisation

L’Éthiopie, nouvel eldorado du textile low cost ?

L’Éthiopie cherche aujourd’hui à se positionner comme un lieu d’implantation privilégié pour l’industrie textile mondiale, grâce à ses bas salaires et aux conditions favorables offertes aux multinationales et à leurs fournisseurs. Le pays est-il en train de prendre le même chemin que le Bangladesh, où les conditions de travail du secteur textile sont devenues l’objet d’une controverse d’ampleur mondiale ? Reportage du Monde dans les usines textiles de la périphérie d’Addis-Abeba.

Selon la Banque mondiale, la Chine devrait délocaliser 85 millions d’emplois industriels dans les prochaines années. L’implantation en Ethiopie était une évidence pour le groupe Huajian qui emploie 25 000 personnes à Dongguan dans le sud de la Chine. « De nombreux fabricants ont été obligés de quitter l’Asie à cause de l’augmentation des salaires et du prix des matières premières, explique Nara Zhou. L’Éthiopie possède le plus grand cheptel d’Afrique. Nous achetons 80 % de notre cuir dans les tanneries locales à moindre coût. » Chez Huajian comme dans la plupart des usines étrangères de textile et de cuir qui se sont implantées en Ethiopie, le salaire mensuel moyen est d’environ 70 euros. Jusqu’à dix fois moins que dans l’usine du monde qu’était devenue la Chine. (...)

« Nous savions que les Éthiopiens étaient moins productifs, mais nous les formons. Nous naissons tous sans connaissances. Puis nous apprenons et nous nous améliorons si nous faisons preuve de discipline », lâche froidement Nara Zhou en jetant un regard sur les banderoles rouges qui prônent les bienfaits de la ponctualité et du travail acharné.

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La journaliste du Monde y retrouve les problèmes d’heures supplémentaires, de retenues sur salaires, de brimades, et de conditions de travail qui sont familiers des usines en bout de chaîne de la mondialisation.

L’Éthiopie s’est engagée ces dernières années dans une politique de modernisation et d’industrialisation à grande échelle. Celle-ci se traduit entre autres par la vente de vastes surfaces agricoles à des investisseurs étrangers, la construction de grands barrages pour produire de l’électricité, et le positionnement du pays comme un nouveau lieu d’implantation pour les usines des fournisseurs des multinationales, souvent avec comme main d’oeuvre les populations rurales déplacées par les grands projets et l’accaparement des terres ! C’est le cas en particulier pour le secteur textile, le pays étant souvent présenté comme un « nouveau Bangladesh ». Le groupe suédois H&M, l’un des principaux donneurs d’ordre des usines textiles bangladeshis, a d’ailleurs ouvert un bureau à Addis-Abeba. Mais il n’est pas seul.

Dans son bureau cloisonné d’où l’on entend le ronronnement des machines, le PDG de l’entreprise taïwanaise George Shoe, Opinder Kumar Kaul, un Indien d’une cinquantaine d’années au visage rond, ne tarit pas d’éloges sur les conditions très avantageuses que les autorités offrent aux investisseurs étrangers : « Des années d’exonérations fiscales, des exemptions de droits de douane sur les importations de matières premières et de matériel, une stabilité politique et sécuritaire, une main-d’œuvre jeune et peu militante », énumère-t-il. (...)

Mais, pour Tanju Kavlakli, le directeur commercial d’Ayka Addis Textile, la filiale éthiopienne du groupe turc Ayka Textile qui s’est installé en 2006 en Ethiopie, le pays n’est pas encore l’eldorado attendu : « De nombreux obstacles ralentissent le développement de l’industrie. La bureaucratie, le manque d’infrastructures, les coupures fréquentes d’électricité, les délais de livraison trop longs à cause de la route qui nous relie à Djibouti, les matières premières de qualité médiocre. » Pour ses tee-shirts, leggings et pyjamas qui seront vendus chez l’allemand Tchibo et le français E.Leclerc entre autres, l’usine de textile importe du coton organique d’Inde.

L’article rappelle que même s’il n’y a pas de salaire minimum en Éthiopie, les syndicats y sont autorisés, et certains droits y sont reconnus aux travailleurs, au moins sur le papier. Une grève a eu en janvier 2015 dans l’usine d’Ayka Addis Textile, et les ouvriers y ont obtenu une augmentation de salaire de 25%.

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Photo : UNIDO CC