Finance

La Bourse de Paris lance un plan de licenciement massif malgré des bénéfices inégalés

par Nolwenn Weiler

Il n’y a pas que dans les usines que les salariés souffrent des logiques financières de leurs dirigeants... Une centaine de personnes travaillant pour le groupe Euronext, Bourse de Paris, pourraient ainsi recevoir début juillet une lettre de licenciement.

« Ces licenciements, qui représentent un tiers de nos effectifs parisiens sont des licenciements boursiers, qui visent à augmenter les dividendes de nos dirigeants », proteste l’intersyndicale CFDT-CGT-CFE/CGC, qui rappelle « les performances financières inégalées du groupe » en 2014 : un chiffre d’affaires en hausse de 18,6 %. Soit près de quatre fois l’objectif (qui était fixé à 5 %) et un résultat net en progression de 35 % ! Après cette année 2014 marquée par l’introduction en Bourse, l’année 2015 s’annonce tout aussi clémente : Euronext a publié un chiffre d’affaires en hausse de 9,6% au premier trimestre.

Pourquoi, dans un tel contexte, licencier une partie des salariés ? D’autant que la réduction des effectifs pourrait poser problème. « Cette décision est dangereuse pour la pérennité économique de l’entreprise, et pour l’écosystème du secteur financier du pays », jugent les syndicats, avant de détailler : « Avec un tiers des effectifs en moins, nous ne sommes plus à même de garantir l’absence de risques. » Les risques, dans le domaine boursier, ce sont les pannes, avec des interruptions longues du fonctionnement du marché (jusqu’à une heure). « Nous sommes de moins en moins nombreux, reprend l’intersyndicale. Les plus anciens sont remplacés par des plus jeunes, qui coûtent moins cher à la société mais que l’on n’a plus le temps et la disponibilité de former correctement. Nos systèmes technologiques sont très pointus ! » Issu de la fusion en 2000 des Bourses d’Amsterdam, Bruxelles et Paris, Euronext est le premier opérateur financier de la zone euro : il gère les échanges financiers pour 1300 émetteurs représentant une capitalisation boursière totale de 2 600 milliards d’euros (soit plus que le PIB annuel de la France).

Qui dit baisse des effectifs dit souvent souffrance au travail pour celles et ceux qui restent. « Cette décision est dangereuse pour la santé mentale et physique des salariés qui sont déjà en nombre insuffisant pour faire face à la charge de travail » , s’indignent les syndicats. Mais cela ne semble pas soucier le PDG Dominique Cerutti, qui vient d’annoncer son départ d’Euronext pour le groupe Altran, « leader mondial du conseil en innovation et ingénierie avancée »...

Nolwenn Weiler

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Photo : CC Stef Niko