Le vrai bilan du CAC40

La pollution au quotidien

De l’automobile au BTP en passant par la chimie, les activités économiques ont souvent un impact lourd sur l’environnement et sur la santé. Impact parfois dénié ou minimisé au nom de l’emploi. Les régulations en place ne sont pas toujours respectées, et les sanctions, quand elles sont prononcées, restent dérisoires. L’incendie de l’usine Lubrizol, à Rouen, vient à nouveau de l’illustrer. Nouvel extrait de notre publication CAC40 : le véritable bilan annuel.

En France aussi, le pétrole pollue

Il n’y a pas qu’en Afrique que les activités des multinationales pétrolières polluent l’environnement et rendent malades les riverains. La France en a fait la triste expérience avec la rupture d’un oléoduc de Total, en février 2019, dans les Yvelines. Près d’un million de litres de brut se sont déversés dans le sol, et on en a retrouvé trace dans plusieurs cours d’eau qui se jettent dans la Seine. Également au centre des craintes : les conséquences de l’accident pour la bio- diversité, et une éventuelle contamination de la nappe phréatique (lire notre article).

Riverains et écologistes s’inquiètent que Total soit seule en charge des relevés de pollution et des mesures de remédiation, et réclament des contre-expertises indépendantes. Suite à cet accident, qui fait suite à une première mini-marée noire sur ce même oléoduc en 2014 en Normandie, la raffinerie de Total à Grandpuits (Seine-et-Marne) a été mise à l’arrêt. D’autres raffineries françaises de Total se sont fait remarquer. Celles de Feyzin (près de Lyon) et de La Mède se sont faites remarquer ces derniers mois par des torchages spectaculaires, sans que les riverains et les élus locaux soient tenus informés.

Que deviennent les déchets toxiques d’ArcelorMittal ?

Certaines entreprises semblent ne pas s’embarrasser de beaucoup de scrupule dans la gestion de leurs déchets toxiques : pourquoi prendre la peine de les faire traiter conformément à la réglementation quand il est beaucoup plus rapide et surtout beaucoup moins cher de s’en débarrasser dans le milieu naturel ?

Les pratiques d’ArcelorMittal ont été plusieurs fois mises en cause. Déjà montré du doigt pour les rejets de ses usines dans l’atmosphère à Fos ou à Dunkerque (lire notre article), le géant de la sidérurgie est concerné par une affaire de trafic de déchets toxiques entre Dunkerque et la Normandie, pour laquelle la justice a fini par prononcer début 2019 des peines de prison et de fortes amendes. ArcelorMittal, bien qu’ayant bénéficié de la fraude, n’a pas été poursuivie pour des raisons de prescription et de changement de raison sociale.

Dans l’Est de la France, le lanceur d’alerte Karim Ben Ali a révélé en 2017 avoir déversé des acides issus des sites lorrains d’ArcelorMittal dans la nature, sur ordre d’un sous-traitant (lire notre article). La justice a poursuivi le groupe sidérurgique, mais seulement pour « gestion irrégulière de ses déchets ». Une très modeste amende de 50 000 euros avait été requise par le parquet avant que le tribunal ne prononce la relaxe de l’entreprise le 23 septembre 2019. Quant à Karim Ben Ali, il déclare avoir été « blacklisté » par les employeurs de la région, et souffre des conséquences psychologiques de l’affaire.

Quand les rivières se transforment en dépotoirs

Pollutions accidentelles, déversements sauvages, ou rejets quotidiens de substances potentiellement toxiques... Partout en France et ailleurs dans le monde, fleuves et rivières souffrent de la pollution d’origine industrielle. Ils sont malheureusement aussi une proie facile pour les entreprises indélicates, comme l’a montré le déversement de ciment de Vinci dans la Seine au printemps 2019 (voir section sur le Grand Paris).

Une autre affaire qui a défrayé la chronique ces derniers mois est le combat judiciaire entre le groupe Lactalis et une petite commune proche du Vercors, Saint-Just-de-Claix. Propriétaire d’une fromagerie dans la ville, Lactalis refusait de la raccorder au réseau d’assainissement public et rejetait directement ses eaux usées dans l’Isère, en arguant qu’elle avait besoin de construire sa propre station d’épuration. Le maire a fini par céder début 2019 et accorder l’autorisation de construire cette station. Quelques mois plus tard, Lactalis était condamnée pour ses rejets dans l’Isère à une amende de 100 000 euros, dont la moitié avec sursis. Loin du réquisitoire du parquet (500 000 euros) et du million d’euros que le groupe aurait économisé en ne traitant pas ses eaux usées entre 2011 et 2019.

Ce n’est pas la première fois que Lactalis se rend coupable de ce type de pollution, déjà signalée sur son site de Craon en cause dans l’affaire du lait contaminé de 2017-2018. En mai 2019, une filiale de Lactalis a été condamnée à une amende de 250 000 euros pour la pollution d’une rivière d’Ille-et-Vilaine qui a entraîné la mort de milliers de poissons.

Diesel : l’industrie contre-attaque

Depuis le scandale du « Dieselgate » de 2015, avec ses révélations sur les tromperies de Volkswagen et de quasi tous les constructeurs automobiles (dont Renault et PSA) sur les émissions réelles de leurs véhicules, le diesel n’a plus bonne presse. Il est l’un des principaux responsable de la pollution de l’air aux particules fines et aux oxydes d’azote, ainsi que des milliers de décès prématurés qui en résultent chaque année. Des restrictions ont été imposées par plusieurs villes à la circulation des véhicules les plus polluants. Le diesel, qui représentait encore il y a peu 55% des nouvelles immatriculations en France, est passé à environ un tiers aujourd’hui.

La contre-attaque de l’industrie automobile a néanmoins fini par venir. En Allemagne, les constructeurs se sont retournés contre l’association écologiste qui a réussi à faire interdire les véhicules diesel dans plusieurs grandes villes, et ont mobilisé des scientifiques pour dénoncer des règles européennes trop « sévères ». En France, c’est la perte d’emplois industriels qui est mise en avant pour défendre la filière. En même temps, certains cherchent à relativiser son impact environnemental et sanitaire.

Les constructeurs et leurs sous-traitants, soutenus par une partie des syndicats et des pouvoirs publics, militent aujourd’hui pour l’attribution de la vignette la plus « verte » aux moteurs diesel de dernière génération, censés être moins polluants. Une hérésie pour les écologistes, d’autant que l’indépendance et la fiabilité des contrôles anti-pollution ne sont toujours pas assurées.

- À lire : CAC40 : le véritable bilan annuel, édition 2019 (pdf, 100 pages)

Cet article a été amendé le 7 octobre 2019 pour préciser que le tribunal de Thionville a finalement relaxé en première instance ArcelorMittal dans l’affaire du « crassier » lorrain.

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Photo : CC Billy Wilson via flickr