Source : The Nation

Inégalités

La révolte des petites mains de la Silicon Valley

La Silicon Valley, siège des géants mondiaux du web comme Apple, Google ou Facebook, est devenue le symbole de l’essor de l’économie numérique, mais aussi de la montée des inégalités et du bouleversement des protections sociales traditionnelles. Le mouvement « anti-Google » de San Francisco, dénonçant l’augmentation des prix de l’immobilier et les expulsions, a fait récemment la une des médias internationaux. Le magazine américain The Nation dresse le portrait d’un autre mouvement social en pleine expansion dans la vallée, celui des travailleurs pauvres - concierges, chauffeurs, agents de sécurité, etc. - qui travaillent pour les grandes entreprises et qui obtiennent peu à peu une meilleure reconnaissance de leurs droits.

Née au coeur d’un empire technologique en plein boom, Silicon Valley Rising est une large coalition de groupes syndicaux, civiques et religieux qui s’efforce de faire en sorte que ce boom bénéficie aux travailleurs pauvres, plutôt qu’il ne les déplace. Le siège d’Apple à Cupertino est à quelques kilomètres à peine. Facebook est un peu plus loin, à Menlo Park. Mais ces entreprises technologiques, avec leurs gadgets élégants, leurs réseaux sociaux et, avant tout, leur énorme richesse, ne représentent qu’un côté de la vallée. Ce modeste centre social [où a lieu la réunion de Silicon Valley Rising], avec son plafond craquelé et ses distributions gratuites de nourriture bihebdomadaires, est un rappel qu’ici, à l’épicentre de tout ce qui est nouveau et de tout ce qui brille, le problème séculaire de la pauvreté persiste. (...)

L’influence démesurée des géants technologiques peut-elle être utilisée d’une manière ou d’une autre au service des travailleurs pauvres de la Silicon Valley ?

Même s’il s’agit encore d’un rêve distant, il y a des signes prometteurs. Lorsque les protestataires anti-gentrification s’opposèrent aux bus Google l’hiver dernier, cela fit les titres de la presse internationale. Ce que l’on sait moins, c’est que les chauffeurs qui conduisent les employés des firmes technologiques ont choisi l’engagement syndical. L’automne dernier, les chauffeurs de Loop Transportation, qui conduisent les employés de Facebook, ont décidé de rejoindre les Teamsters [syndicat des conducteurs routiers américains]. Auparavant, leur salaire était en moyenne de $17,93 l’heure, et certains payaient $1200 par mois pour l’assurance maladie de leur famille. Avec leur nouveau contrat, les salaires ont augmenté en moyenne de $5,73 par heure et l’assurance maladie est payée par l’employeur. Fin février, les Teamsters ont célébré une nouvelle victoire lorsque les travailleurs de Compass Transportation, qui prennent en charge les employés d’Apple, eBay, Genentech, Yahoo et Zynga, ont eux aussi choisi de rejoindre le syndicat. (...)

Il y a aussi des signes que les firmes technologiques elles-mêmes peuvent faire des concessions. L’automne dernier, après une longue campagne du syndicat SEIU, Google a mis fin à son contrat avec Security Industry Specialists (SIS) et a intégré les agents de sécurité dans son propre effectif, où ils bénéficient des mêmes avantages sociaux généraux que les autres employés de Google. Le 3 mars dernier, Apple - que Silicon Valley Rising avait prévu de cibler lors de son Assemblée générale annuelle - annonçait qu’elle suivrait l’exemple de Google et se débarrasserait elle aussi de SIS. (...)

Ces luttes ponctuelles ciblant les entreprises les plus connues au monde ont mis en lumière le sort des travailleurs pauvres qui fournissent divers services à l’industrie technologique, mais la coalition prévoit de passer rapidement à l’échelle supérieure. (...) Leur modèle est l’ordonnance novatrice adoptée l’automne dernier par le comté de Santa Clara en matière de salaire vital, qui couvre les 17000 travailleurs dont les employeurs sont basés dans le comté. En plus d’un salaire minimal de $19,06 par heure, l’ordonnance protège les travailleurs contre les horaires atypiques non annoncés et contre le harcèlement anti-syndical. Le but est maintenant de pousser les géants de la technologie à accepter des standards similaires.

Lire l’intégralité de l’article sur le site de The Nation (en anglais).