Source : Libération

Conflit d’intérêts

Le pneumologue médiatique qui minimisait les dangers de la pollution de l’air ... était payé par Total

Michel Aubier, pneumologue renommé, s’était fait une spécialité des interventions dans les médias minimisant les risques sanitaires liés à la pollution de l’air, et notamment au diesel. Libération et le Canard enchaîné ont révélé la semaine dernière qu’il est rémunéré plusieurs dizaines de milliers d’euros par an comme « médecin conseil » de Total. En plus de siéger au conseil d’administration de la Fondation d’entreprise Total. Un cas flagrant de conflit d’intérêts.

C’est l’intervention récente de Michel Aubier dans l’émission « Allô Docteurs » de France 5 - minimisant le caractère cancérigène de la pollution de l’air, en dépit du consensus scientifique sur le sujet - qui a mis le feu aux poudres. Comme l’explique Libération, le pneumologue n’en était pas à son coup d’essai :

En 2012, dans une information à l’Académie de médecine dont il est membre, Michel Aubier défendait ardemment les filtres à particules qui équipent les voitures diesel depuis 2011. (...) Au bas de ce document, repris à l’envi par PSA Peugeot Citroën ou leComité des constructeurs français d’automobiles (CCFA), Aubier « déclare ne pas avoir de liens d’intérêt en relation avec le contenu de cette information ». Idem lors de son audition le 16 avril 2015 par la Commission d’enquête du Sénat sur le coût économique et financier de la pollution de l’air, où, représentant l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), le médecin déclarait sous serment n’avoir « aucun lien d’intérêt avec les acteurs économiques ».

Pourquoi n’a-t-il pas mentionné qu’il est membre du conseil d’administration de la Fondation Total, chose qu’il est aisé de vérifier sur Internet ? Bien pire, pourquoi n’a-t-il pas déclaré qu’il est médecin conseil de Total ? Cet élément est beaucoup plus discret, bien qu’on puisse en trouver sur la toile une trace dans ce document datant de 2006, où il est présenté comme "Médecin du groupe Total" (page 28).

Mais la multinationale confirme l’information à Libération, noir sur blanc et sans détours : si Michel Aubier « ne perçoit pas de rémunération directe ou indirecte au titre de ses activités » pour la Fondation, il est en revanche « médecin conseil de Total et perçoit une rémunération au titre de cette activité. Sa mission est double : suivi de la santé des dirigeants du groupe et conseil au groupe sur les enjeux sanitaires et la santé au travail, auprès de la direction des Ressources humaines ». Mazette.

Lire l’intégralité de l’article sur le site de Libération

L’AP-HP, son employeur, s’est saisi du cas de Michel Aubier, de même que le Sénat. En effet, le fait de n’avoir pas signalé sa situation de conflits d’intérêt devant la commission d’enquête sénatoriale sur la pollution de l’air est passible de poursuites judiciaires (lire l’article du Monde).