Source : New York Times

Conflits sociaux

Le secteur du textile au Bangladesh sous les feux de l’actualité

par Olivier Petitjean

L’industrie du textile est en train de connaître une période agitée au Bangladesh. À la multiplication des conflits sociaux s’ajoutent des pratiques répressives de plus en plus manifestes. Syndicalistes et défenseurs des droits de l’homme commencent à réussir à attirer l’attention de la presse internationale et à interpeller les grandes marques qui se fournissent dans les usines du pays.

Le New York Times publiait ainsi début septembre un long portrait d’Aminul Islam, défenseur des droits des travailleurs du textile au Bangladesh, torturé et assassiné en avril 2012.

Ancien ouvrier textile lui-même, Aminul Islam avait été renvoyé pour activités syndicales. Militant de terrain, il jouait un rôle clé d’intermédiaire entre les ouvriers de base et les autorités.

L’article du New York Times illustre aussi le rôle de la solidarité internationale et le soutien apporté en particulier par la confédération syndicale états-unienne AFL-CIO, qui a installé à Dhaka une branche du Solidarity Center, son organe de solidarité internationale, pour former les ouvriers et ouvrières bangladeshi à la défense de leurs droits. L’activité du Solidarity Center aurait contribué à l’émergence de nouveaux acteurs syndicaux et non gouvernementaux, non affiliés aux partis bangladeshi traditionnels, dont Aminul Islam était d’un des principaux animateurs.

Certaines ONG comme Human Rights Watch n’hésitent pas à accuser directement le gouvernement de ce meurtre, Aminul Islam ayant déjà été harcelé et séquestré à plusieurs reprises par les services de sécurité. Le gouvernement bangladeshi a créé une police spéciale pour réprimer les velléités de revendication des travailleurs et garder sous contrôle ce secteur crucial de l’économie du pays. L’enquête officielle est au point mort.

Cette disparition s’inscrit dans un contexte d’agitation sociale croissante dans les usines textiles du pays. En juin 2012, une grève d’une semaine a eu lieu dans près de 300 usines de la capitale, Dhaka.

Le Bangladesh a exporté pour 19 milliards de dollars de vêtements en 2011-2012, ce qui le place au second rang mondial après la Chine. 80% de cette production se retrouve dans les magasins de prêt-à-porter de grandes marques comme H&M ou Zara, ou encore dans les enseignes de grande distribution de Carrefour ou Walmart. Cette industrie emploie environ 4 millions d’ouvriers, principalement des femmes, qui travaillent plus de 10 heures par jour et six jours par semaine pour un salaire de misère.

L’effondrement de l’usine de Spectrum en 2005, qui a fait plusieurs dizaines de victimes, avait révélé aux yeux de l’opinion occidentale les conditions déplorables dans lesquelles sont produits les vêtements qui emplissent les étals occidentaux. (À ce jour, Carrefour refuse d’ailleurs toujours de participer au fonds d’indemnisation des victimes et de leurs familles.)

Les grandes marques occidentales semblent de plus en plus indisposées par les conflits sociaux (qui menacent d’entraîner des augmentations de coûts) et par les risques pour leur image de marque de la mise en lumière des conditions de travail des ouvrières bangladeshi. Le PDG de H&M, récemment en visite dans le pays, a même solennellement réclamé une augmentation du salaire minimum, lequel est actuellement de 37 dollars par mois.

Certains groupes commenceraient même à étudier la possibilité de déplacer leur chaîne d’approvisionnement vers d’autres pays. Pour recréer les mêmes problèmes ailleurs [1] ?

Olivier Petitjean

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Photo : © Justin Mott pour le NY Times (voir d’autres photos.