Étude d’impact

Grand Nord canadien : les autorités du Nunavut rendent un avis défavorable sur le projet de mine d’uranium d’Areva

par Olivier Petitjean

Le groupe nucléaire français proposait depuis 2009 d’ouvrir une mine d’uranium sur le site de Kiggavik, au Nunavut, le territoire autonome des Inuit dans le Grand Nord du Canada. Ce projet est vivement contesté par une partie de la population locale et par les écologistes, qui évoquent notamment des risques majeurs pour les populations de caribou, essentielles au mode de vie traditionnel Inuit, à un moment où elles sont déjà fragilisées par le changement climatique. Après une procédure de plusieurs années, le comité chargé d’examiner la proposition d’Areva a rendu un avis défavorable.

Les deux sites proposés pour la mine Kiggavik sont localisés à quelques dizaines de kilomètres de la petite ville de Baker Lake, où se sont tenues une série d’audiences publiques sur le projet ces dernières semaines. Le Nunavut Impact Review Board ou NIRB (Comité d’étude d’impact du Nunavut a fini par rendre un avis négatif le 9 mai dernier, donnant satisfaction aux opposants locaux et aux écologistes.

Ces derniers craignent notamment l’impact des mines sur les habitats et les possibilités de déplacement des caribous, une espèce au centre du mode de vie Inuit. Ils estiment aussi qu’Areva a sous-estimé les risques de diffusion des poussières issues de la mine à des dizaines de kilomètres à la ronde, en raison des forts vents que subit la région.

Enfin et peut-être surtout, ils craignent que l’ouverture d’une première mine, avec la création des infrastructures nécessaires, n’encourage dans le futur l’arrivée d’autres opérateurs miniers sur leur territoire, avec pour conséquence de bouleverser en profondeur les équilibres écologiques de la région et le mode de vie Inuit.

Incertitudes

Comme le rappelle l’Arctic Journal, un projet de mine sur le même site avait été rejeté en 1990 par la voie d’un référendum local, mais « les attitudes ont changé depuis, et certains dans la communauté voient d’un œil favorable le développement qui sera apporté par la mine ». Les organisations Inuit ont maintenu une position de neutralité. Le groupe nucléaire français n’a pas lésiné sur ses efforts de relations publiques.

Si le Comité a rendu un avis défavorable au projet d’Areva, ce n’est toutefois pas d’abord pour des raisons environnementales, mais surtout parce que l’entreprise française n’a pas souhaité s’engager sur une date d’ouverture précise de la mine, en raison de ses problèmes économiques et d’un marché mondial de l’uranium déprimé. Le Comité n’a pas voulu donner son feu vert à un projet qui aurait pu n’être lancé que vingt ans plus tard, dans des conditions sociales et écologiques totalement différentes.

Le Comité a accepté certaines des critiques des environnementalistes, comme le manque d’informations suffisantes sur les impacts potentiels sur les caribous, ou le besoin de mieux gérer les poussières.

La décision est maintenant entre les mains du Ministère fédéral canadien des Affaires aborigènes et du Développement du Nord, qui peut choisir de passer outre l’avis du NIRB. Areva a exprimé sa « déception ».

Olivier Petitjean

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Photo : Areva