Influence

Les dépenses de lobbying des banques et des multinationales grimpent en flèche à Bruxelles

par Olivier Petitjean

Les grandes entreprises viennent de mettre à jour leurs déclarations au registre de transparence de l’Union européenne, qui vise à mettre en lumière les activités et dépenses de lobbying des porteurs d’intérêts auprès des institutions de Bruxelles. Efforts de transparence accrus cette année ou actualité chargée (avec notamment le projet de traité de libre-échange avec les États-Unis ou la politique énergétique et climatique) ? On constate une envolée des dépenses déclarées chez beaucoup de multinationales, et notamment chez les banques. Mais globalement, le registre de transparence reste toujours aussi peu fiable en l’absence de règles contraignantes.

Le secteur bancaire et financier se distingue par la croissance de ses dépenses de lobbying en 2014. JP Morgan Chase déclare une multiplication par trente (!), de €50,000 en 2013 à entre €1,250,000 et €1,499,999 en 2014. Multiplication par douze pour Goldman Sachs (entre 700 000 et 800 000 en 2014), par sept pour UBS (1,7 million), par deux ou trois pour d’autres banques comme Deutsche Bank, HSBC ou BNP Paribas. Les associations professionnelles du secteur, comme la Fédération bancaire française, affichent une évolution similaire.

D’autres hausses significatives sont signalées dans d’autres secteurs, notamment chez Google, Ikea ou BP. Mais beaucoup de multinationales d’importance sont absentes de la liste ou donnent des informations peu crédibles (lire notre article sur le cas particulier du secteur de l’énergie).

Voir (en anglais) le bilan du site EUObserver.com et en français, celui des Échos.

Problème de crédibilité

La coalition ALTER-EU pour la transparence du lobbying, qui rassemble des dizaines d’organisations européennes, a épluché les données mises à jour du registre et y a trouvé, comme lors des derniers exercices similaires auxquelles elle s’était livrée, un grand nombre d’incohérences, de bizarreries et d’erreurs manifestes. Elle signale également un certain nombre de grandes entreprises (Standard & Poors, Anglo American, Maersk, Northrop Grumman), de cabinets d’avocats d’affaires ou firmes de lobbying actives à Bruxelles qui n’ont toujours pas jugé utile de participer au registre européen de transparence.

Au grand dam des associations, celui-ci reste largement volontaire, et il n’existe aucune forme de contrôle de la véracité des informations fournies, ni de sanctions. De nouvelles règles ont été introduites récemment, notamment pour limiter les contacts entre Commissaires européens et entreprises qui ne participeraient pas au registre, mais elles sont manifestement insuffisantes. La coalition ALTER-EU a lancé cette année une campagne pour obtenir un registre de transparence complet et contraignant.

Olivier Petitjean