Sources : EurActiv , Transparency International

Abus financiers

Les grandes entreprises mondiales sont-elles prêtes pour la transparence ?

L’ONG Transparency international, spécialisée dans la lutte contre la corruption et les abus financiers, a évalué la transparence des 124 plus grandes entreprises mondiales en matière de lutte contre la corruption et de fiscalité. Le bilan reste médiocre, malgré des avancées législatives récentes en Europe et aux États-Unis, qui n’ont pas encore fait sentir leurs effets. Parmi les entreprises les moins transparentes au monde, on trouve les entreprises du secteur pétrolier et minier, les multinationales chinoises, mais aussi - de manière plus inattendue - les firmes technologiques américaines comme Apple, Amazon et Google.

Le classement établi par Transparency International porte sur les 124 plus grandes entreprises mondiales, sur la base de trois critères : la mise en place de programmes de lutte contre la corruption ; la « transparence organisationnelle », c’est-à-dire la publication du nom de toutes les filiales et participations de l’entreprise, y compris dans les paradis fiscaux ; et enfin la publication des données financières et fiscales pays par pays.

Les firmes étudiées affichent généralement un bon score en ce qui concerne le premier critère, qui est aussi le plus formel ; la note moyenne affichée sur les entreprises est de 70%. En ce qui concerne le dernier critère, en revanche, - le plus contraignant de tous et le plus révélateurs quant aux pratiques financières réelles des multinationales, notamment en ce qui concerne l’optimisation fiscale -, les notes sont extrêmement basses (la moyenne est de 6%), voire nulles, à trois exceptions près : l’entreprise de télécommunications britannique Vodafone, sa consoeur espagnole Telefónica, et la pétrolière norvégienne Statoil [1].

On note par ailleurs d’intéressantes variations selon l’origine géographique des multinationales : les firmes britanniques, américaines ou australiennes affichent par exemple de très bons scores, relativement aux autres pays, en ce qui concerne la lutte contre la corruption. Mais en matière de transparence sur les filiales, leur localisation (éventuellement dans des paradis fiscaux) et leurs données financières, c’est nettement moins vrai : les États-Unis n’affichent par exemple qu’un score de 24% en matière de transparence organisationnelle, alors que la note mondiale moyenne est de 39%. Globalement, la première entreprise du classement est la pétrolière italienne ENI, suivie par Vodafone.

Les auteurs du rapport concluent que les grandes multinationales affichent globalement un niveau de transparence plutôt médiocre, même si les firmes européennes font plutôt mieux que leurs homologues américaines et chinoises. « Quatre-vingt-dix des 124 entreprises examinées n’indiquent pas le montant des taxes dont elles s’acquittent à l’étranger et 54 d’entre elles ne communiquent aucune information sur leurs bénéfices réalisés dans d’autres pays. »

Lire le communiqué de presse en français et le rapport complet en anglais.

Les multinationales françaises ne se distinguent pas

Les entreprises françaises incluses dans le classement occupent une position assez moyenne : ArcelorMittal figure dans les premières places avec une note de 5,8 sur 10, suivie par L’Oréal (4,6), Orange (4,4), BNP Paribas (4,2), GDF Suez et Total (3,9), EDF et Sanofi (3,8).

Les banques françaises pourraient toutefois gagner des places dans les années qui viennent puisqu’elles sont désormais soumises à une obligation de reporting pays par pays (lire notre article). Ce sera moins vrai en revanche des entreprises extractives, dont les obligations de transparence restent très souples malgré les récentes directives européennes (lire Les secrets fiscaux bien gardés des entreprises pétrolières et minières françaises).

Selon Transparency International, ce constat vaut pour la grande majorité des entreprises pétrolières, gazières et minières mondiales : malgré des années de pression de la société civile et les nouvelles régulations mises en place en Europe et aux États-Unis, elles « ne sont pas encore prêtes pour la transparence ».

« Gazprom plus transparent que Google, Apple et Amazon »

Autre enseignement de taille du rapport, relevé par le site d’informations européennes EurActiv : les entreprises technologiques américaines - Amazon, Apple ou Google - figurent (aux côtés des entreprises chinoises) parmi les entreprises les moins transparentes au monde, derrière par exemple les sociétés pétrolières et gazières russes régulièrement accusées d’être au service de leur gouvernement et des oligarques.

IBM obtient un 2,9, alors qu’Apple, Visa, Petrochina et le groupe américain Citigroup sont tous à égalité avec la note de 2,7.

Google récolte un score de 2,2 sur 10. Amazon se situe encore plus bas, à tout juste 2 sur 10, à égalité avec la banque commerciale de Chine et la société d’énergie Shenhua, deux entreprises d’État.

Ce résultat est tout de même meilleur que celui de l’entreprise américaine la moins bien notée, Berkshire Hathaway. Cette société de participation, dont Warren Buffett est le PDG et principal actionnaire, n’obtient que 1,6 sur 10.

Ces résultats propulsent le géant russe Rosneft (4,2) au rang d’entreprise respectable, alors que Gazprom se situe à égalité avec Microsoft à 3,5.

Lire ici la présentation complète du rapport par EurActiv.

Olivier Petitjean

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Photo : Peter Kirkeskov Rasmussen @ Flickr CC