Accord cadre international

Les travailleurs, grands absents du projet de fusion entre Lafarge et Holcim

par Olivier Petitjean

Les deux plus grandes entreprises de ciment du monde, la française Lafarge et la suisse Holcim, se préparent à fusionner. Leurs dirigeants ont passé ces derniers mois à négocier avec les autorités de contrôle de la concurrence et à se répartir les places au comité exécutif du futur groupe. En revanche, aucune véritable consultation des salariés n’a encore eu lieu, alors qu’ils risquent fort d’être les premières victimes de la fusion. Les syndicats des deux groupes organisaient le 15 janvier une journée d’action internationale dans plus de 20 pays.

Le nouveau groupe formé par la fusion de Lafarge et Holcim pèsera 35 milliards d’euros de chiffre d’affaires et plus de 130 000 salariés (avant cessions). Il a déjà annoncé la composition de son comité exécutif et obtenu le feu vert de la Commission européenne en décembre dernier.

Les représentants des travailleurs des deux sociétés s’inquiètent depuis plusieurs mois de ce qu’ils considèrent comme une opération menée selon une logique purement financière. Les syndicalistes de Lafarge et Holcim d’une vingtaine de pays ont élaboré un plan d’action commun avec l’appui des fédérations syndicales internationales concernées [1]. Celles-ci ont demandé à Lafarge et Holcim d’être associées de plus près au processus de fusion, ce qui leur a été refusé. Les deux entreprises paraissent également réticentes à prendre des engagements fermes en termes de garanties sociales.

Les travailleurs dans le noir

La première journée d’action internationale du 15 janvier visait notamment à dénoncer l’absence d’information et de consultation « de fond » des institutions représentatives du personnel, en contradiction avec les normes européennes dans ce domaine. Les syndicats font état d’actions de divers types en Allemagne, en Jordanie, au Liban, aux Philippines, en Roumanie, en Inde, en Serbie, en Belgique, au Brésil, au Cambodge, au Canada, au Chili, en Égypte, en Grèce, en Italie, aux Pays-Bas, en Thaïlande, au Zimbabwe, au Nigeria, au Liban, en Colombie et en France, avec un piquet de grève devant le siège de Lafarge.

« Des dizaines de milliers de travailleurs seront probablement essaimés ou mis à pied à la suite de cette fusion, mais la direction refuse toujours de consulter les syndicats », a déclaré Jyrki Raina, secrétaire général de IndustriALL. Les syndicats avancent le chiffre de 15 000 salariés qui pourraient perdre leur emploi.

Les syndicats veulent aussi des garanties en termes de préservation de l’emploi et des acquis sociaux au sein des actifs qui devront être cédés par Lafarge et Holcim pour obtenir le feu vert des autorités de concurrence à leur fusion. Là encore, ils estiment n’avoir pas obtenu gain de cause. En France, selon l’AFP, « Holcim cédera la plupart de ses activités relatives au ciment, au béton prêt à l’emploi et aux granulats, ainsi qu’un terminal d’importation à Dunkerque. De son côté, le français Lafarge cèdera son centre de broyage de St-Nazaire et la quasi-totalité de ses activités à La Réunion. »

Accord cadre international

Parmi les revendications communes des travailleurs de Lafarge et Holcim figure le « maintien du dialogue social de niveau mondial préalablement entretenu entre Lafarge et les syndicats ». C’est que l’entreprise française est signataire d’un accord-cadre international (un accord social d’envergure mondiale signé entre une multinationales et ses syndicats) considéré par beaucoup comme un modèle du genre. Renouvelé et renforcé fin 2013, cet accord inclut des engagements forts de Lafarge en termes de protection des droits syndicaux et de dialogue social, dans toutes les filiales et y compris chez les sous-traitants, avec des mécanismes de suivi et de résolution des conflits.

Holcim, en revanche, n’a jamais signé aucun accord de ce type, et les deux entreprises, si elles ont annoncé haut et fort leurs bonnes intentions en termes de « durabilité », n’ont pas encore donné suite aux demandes des fédérations syndicales internationales de discuter d’un nouvel accord-cadre pour l’entité fusionnée.

D’autres moments de mobilisation sont prévus dans les semaines et mois à venir, et une pétition en ligne est disponible ici.

Olivier Petitjean

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Photo : Joe Athialy CC