Le vrai bilan du CAC40

Malgré des profits en baisse, les dividendes du CAC40 battent de nouveaux records

Les profits générés par le CAC40 se sont tassés en 2018 par rapport à l’année précédente, passant de 96 à 87,7 milliards d’euros. La rétribution des actionnaires sous forme de dividendes et de rachats d’actions, en revanche, a fait un nouveau bond de 15%, de 47 à 51,8 milliards d’euros et de 8,2 à 11,6 milliards d’euros respectivement. Soit 63,4 milliards d’euros redistribués aux actionnaires. Au total, ce sont près des trois quarts des profits du CAC40 qui sont passés directement dans les poches de leurs actionnaires (72,2%), contre « seulement » 57,4% en 2017. Nouvel extrait de notre publication CAC40 : le véritable bilan annuel.

Il y a un an, une étude de l’ONG Oxfam et du Basic épinglait les grandes entreprises françaises pour leurredistribution massive de dividendes. L’année 2018 confirme à quel point ces mauvaises habitudes sont désormais enracinées. Une grande partie des poids lourds du CAC40 augmentent leurs dividendes d’année en année de manière quasi-automatique, quels que soient leurs résultats. Le montant redis- tribué aux actionnaires est de plus en plus déconnecté de la performance éco- nomique réelle des firmes, sans parler de leurs besoins d’investissement et de ceux de leurs salariés.

Entre 2017 et 2018, les dividendes ont progressé davantage que les profits pour 29 des 40 entreprises de l’indice boursier parisien. 11 d’entre elles ont augmenté leurs dividendes malgré des profits en baisse. Conséquence : alors que les bénéfices générés par les grandes entreprises françaises ont marqué le pas en 2018, leurs dividendes et rachats d’actions ont augmenté quant à eux de 15%. Ce sont désormais près des trois quarts des profits du CAC (72,2%) qui passent directement dans les poches des actionnaires. Cette course folle pourra-t-elle jamais s’arrêter d’elle-même ?

Les plus grosses capitalisations du CAC40 représentent, sans sur- prise, la plus grosse part des dividendes et rachats d’actions de 2018. Largement en tête : la major pétro- lière Total, avec plus de 10,5 milliards d’euros redistribués directement à ses actionnaires. Suivent Sanofi (près de 5 milliards d’euros), BNP Paribas (3,8 milliards), Axa (3,7 milliards) et LVMH (3,3 milliards). Ces cinq entreprises représentent à elles seules presque la moitié des dividendes et rachats d’actions du CAC.

Un tiers du CAC40 a redistribué aux actionnaires davantage que ses profits

Toutes les entreprises du CAC40 ont versé des dividendes aux actionnaires cette année, ycompris Carrefour et TechnipFMC qui ont pourtant enregistré des pertes comptables. Douze autres firmes du CAC redistribuent davantage à leurs actionnaires (en comptant dividendes et rachats d’actions) qu’elles n’ont enre- gistré de profits – parfois bien davantage – au détriment de la trésorerie de l’entreprise.

En tête du classement de la générosité envers les marchés financiers, on retrouve des entreprises habituées à ces excès, comme Engie qui a redistribué deux fois et demie ses profits, ou Veolia. Selon le Basic et Oxfam, sur la période 2009-2016, les dividendes versés par Engie et Veolia représentaient déjà respectivement 333 % et 122 % de leurs bénéfices réels. D’autres firmes ont maintenu leurs dividendes malgré des résultats comptables en berne, comme Vivendi (qui a redistribué cinq fois ses profits à ses actionnaires, dont le premier est le groupe Bolloré) ou Saint-Gobain (qui a redistribué trois fois ses profits). Six firmes ont redistribué aux marchés financiers davantage que leurs profitsà la fois en 2017 et en 2018 : Capgemini, Carrefour, Engie, Sodexo, TechnipFMC et Veolia.

Parmi celles qui se distinguent au contraire par leur modération, on trouve ArcelorMittal, qui jusqu’il y a peu versait des milliards à ses actionnaires, ou encore ST, qui avait versé deux fois et demi ses bénéfices en 2017. Seule une poignée de firmes a versé aux actionnaires moins de la moitié de ses bénéfices aussi bien en 2017 qu’en 2018, principalement dans le secteur industriel (Airbus, Michelin, PSA, Renault – ainsi qu’Atos et Pernod Ricard).

- À lire : CAC40 : le véritable bilan annuel, édition 2019 (pdf, 100 pages)

Olivier Petitjean
Infographies : Guillaume Seyral

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