Source : EurActiv

Extractivisme

Malgré les sanctions, Total et Technip s’accrochent à leur mégaprojet gazier dans l’Arctique russe

Nombreuses sont les grandes entreprises occidentales qui ont exprimé, plus ou moins ouvertement, leur opposition aux sanctions mises en place par les États-Unis et l’Union européenne contre la Russie. Ces sanctions pourraient leur faire perdre des marchés juteux et limiter leurs possibilités de financement pour leurs projets sur place. Symbole de ce bras de fer, le mégaprojet gazier de Yamal, dans l’Arctique russe, qui pourrait être remis en cause par la dernière vague de sanctions, mais qui reste soutenu à bout de bras par le Kremlin et par ses partenaires occidentaux. Deux entreprises françaises sont en première ligne : Total, qui détient 20% du projet, et Technip, qui doit construire l’usine de liquéfaction de gaz.

Le projet de Yamal, dont le budget est estimé à 21 milliards d’euros, vise à extraire de vastes quantités de gaz de l’Arctique sibérien et à transformer en GNL (gaz naturel liquéfié) pour l’exporter en Europe et en Asie.

Le site européen d’information Euractiv explique l’importance de ce projet pour la Russie, et évalue les risques que les sanctions occidentales font peser sur son avenir :

Total a déclaré cette semaine que malgré les sanctions il continuerait ses activités à Yamal et a suggéré qu’étant donné la dépendance de l’Europe envers la Russie pour un tiers de son gaz, il serait risqué de ralentir le projet.

Yamal doit commencer à exporter en 2018 et a déjà pré-vendu la plupart de sa production future à des clients européens et asiatiques. À plein régime, elle exportera 16,5 millions de tonnes de GNL par an - la moitié de la consommation française de gaz.

Novatek [entreprise russe portant le projet], tout comme le monopole gazier Gazprom, a pour l’instant échappé à toute sanction européenne, mais le fait qu’elle soit dans la liste américaine rend presque impossible de trouver les financements pour ce projet.

Total est toujours autorisée à participer à Yamal. Mais sa capacité à financer sa part du projet à travers des banques européennes ou américaines s’est trouvée drastiquement limitée.

« Pouvons-nous vivre en Europe sans gaz russe ? La réponse est non. Y a-t-il des raisons de vivre sans gaz russe ? Je pense - et ce n’est pas pour défendre les intérêts de Total en Russie - que la réponse est non », a déclaré le PDG de Total Christophe de Margerie à Reuters.

Lire l’intégralité de l’article sur le site d’Euractiv (en anglais).

Lire aussi les analyses du New York Times sur les effets des sanctions sur les projets des majors pétrolières en Russie. Avec pour bienfait collatéral la préservation de l’environnement arctique, déjà fragilisé par le réchauffement climatique et très vulnérable aux velléités extractives de la Russie et des majors occidentales [1].

On rappellera que Total est également impliqué dans un projet d’extraction de pétrole de schiste en Sibérie, en partenariat avec la firme russe Lukoil.

Olivier Petitjean