Source : Aghirin’man

Mines d’uranium

Niger : Areva sourde aux demandes de la société civile

par Olivier Petitjean

Alors que le gouvernement nigérien finalise son audit des activités minières d’Areva, la société civile a manifesté dans les rues d’Arlit le samedi 12 octobre pour dénoncer l’impact environnemental de l’extraction de l’uranium. L’entreprise publique française s’est empressée de minimiser le nombre de manifestants et continue à dénier la pollution et les problèmes sanitaires occasionnés par ses opérations au Niger.

Le gouvernement nigérien a annoncé il y a quelques semaines un audit des contrats miniers passés avec Areva, le Premier Ministre jugeant le partenariat actuel « très déséquilibré ». La société civile d’Arlit, cité du Nord du Niger au coeur de la zone d’extraction, a organisé le 12 octobre dernier une manifestation de soutien au gouvernement. Les manifestants entendaient aussi dénoncer l’impact sanitaire et environnemental des mines d’uranium.

Réponse de l’entreprise publique française ? Les manifestants n’auraient pas été 5000, comme annoncé dans la presse, mais 200. Le groupe nucléaire assure également mener « une politique active de protection de l’environnement », dans le cadre d’« un dialogue constant avec toutes les parties prenantes locales ».

Visiblement pas toutes, puisqu’Areva s’est attirée une réponse cinglante de l’association Aghirin’man, co-organisatrice de la manifestation avec la Coordination des organisations de la société civile d’Arlit. Elles accusent Areva de continuer à dénier, contre vents et marées, la pollution radioactive engendrée par les mines d’uranium et de refuser en conséquence toute responsabilité quant aux problèmes de santé des anciens mineurs (lire aussi Areva laisse-t-elle mourir ses travailleurs au Niger ?).

AREVA évoque « un contrôle rigoureux » de l’environnement. Il n’en est rien. Avec notre partenaire scientifique, la CRIIRAD, nous avons réalisé depuis 2003 des contrôles indépendants de la radioactivité à Arlit et démontré l’ampleur des contaminations radioactives. Il s’agit par exemple de la présence de ferrailles radioactives sur les marchés dont mille six cent tonnes en 2012 venant des usines de Somaïr et Cominak (filiales d’Areva) ; mais aussi de matériaux radioactifs issus de la mine réutilisés pour le remblaiement des routes et parfois même la construction d’habitations. Cela a été confirmé par Greenpeace lors sa visite à notre demande en 2009 (...).

Les contrôles de radioactivité effectués en août 2010 dans les rues d’Arlit, ont permis de découvrir des remblais radioactifs devant les hôpitaux de la Somaïr et de la Cominak (fait que nous avions pourtant dénoncé en 2007 avec la CRIIRAD), ainsi que l’habitation d’une famille, tellement radioactive qu’elle a dû être rasée. Selon les évaluations de Somaïr, la dose subie par les habitants était de plus de 10 milliSieverts par an, et selon la CRIIRAD, la prise en compte de l’exposition au radon entraîne une dose totale encore plus élevée. Pourtant, dans son communiqué du 14 octobre 2013, Areva prétend respecter au Niger « les standards internationaux les plus stricts en termes de radioprotection (moins de 1 mSv de dose ajoutée pour les populations locales, comme en France ».

Nous avions exigé en 2010 qu’Areva lance une campagne de vérification de la radioactivité dans les autres habitations à Arlit. Trois ans après, malgré les engagements d’Areva, ce n’est toujours pas fait parce que le Directeur des exploitations de Cominak bloque.

Voir le communiqué d’Aghirin’man dans son intégralité (aussi disponible ici).

Aghirin’man accuse également Areva de brandir, pour intimider le gouvernement et les mineurs, la menace d’une fermeture de ses mines dans la région.

L’association Sherpa a également fait part de son soutien à Aghirin’man et à la société civile d’Arlit. Suite à une enquête de terrain menée avec Médecins du monde et la CRII-RAD, Sherpa avait accepté en 2009 de collaborer avec Areva à la surveillance de l’impact sanitaire et environnemental des mines d’uranium dans la région d’Arlit (ainsi qu’au Gabon) et sur l’indemnisation des travailleurs affectés. Sherpa et ses partenaires locaux avaient fini par se retirer avec fracas de cet accord en décembre 2012, dénonçant le manque de parole d’Areva.