Médicament

« Pharma Papers » : les millions dépensés par les labos pharmaceutiques pour influencer médecins et députés

Alors que le Parlement examine le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2019, Basta ! et l’Observatoire des multinationales, en partenariat avec le collectif EurosForDocs, lancent les « Pharma Papers » pour mettre en lumière la toile d’influence tissée par les laboratoires pharmaceutiques, à coups de millions d’euros, autour de la profession médicale et des législateurs.

3,5 milliards d’euros dépensés par les labos au profit de professionnels de santé ; 100 millions de dépenses de lobbying en 2017 pour les dix plus gros laboratoires pharmaceutiques au monde…. Les chiffres révélés par ce premier volet des « Pharma Papers » donnent le vertige, mais ils sont à la mesure des profits mirobolants accumulés par ces firmes aux dépens, trop souvent, des systèmes de sécurité sociale et des finances publiques.

Grâce au travail de journalistes, d’associations et d’experts, beaucoup d’attention a été accordé ces dernières années au problème de l’évasion fiscale. De la même manière que des entreprises et des riches particuliers privent les États des revenus qui devraient servir à financer les services publics ou lutter contre la pauvreté, les bénéfices de l’industrie pharmaceutique sont directement issus des milliards dépensés chaque année par l’assurance maladie. D’un côté des profits record, de l’autre le dé-remboursement de médicaments et la baisse des budgets publics, avec les conséquences dramatiques que l’on connaît, en particulier dans les hôpitaux.

Les liens tissés par les laboratoires pharmaceutiques au sein de la profession médicale sont l’une des clés de leur emprise sur les politiques de santé. Malgré une succession des scandales sanitaires mettant en cause le poids des conflits d’intérêts et l’influence intéressée de l’industrie, la transparence dans ce domaine reste lacunaire. Les obligations de transparence introduites suite au scandale du Mediator ne sont pas respectées, et il n’existe pas de mécanismes de contrôle. La base de données créée par le gouvernement pour rassembler les informations sur les cadeaux et autres rémunérations versées par les labos à la profession médicale, « Transparence Santé », semble conçue pour décourager les meilleures volontés.

C’est pourquoi le collectif EurosForDocs a créé un nouvel outil en ligne, accessible sur demande, pour permettre d’exploiter aisément ces données et mettre en lumière celles qui manquent. C’est grâce à cet outil, dévoilé à l’occasion du lancement des « Pharma Papers », que Basta ! et l’Observatoire des multinationales sont aujourd’hui en mesure de révéler l’ampleur des sommes dépensées par les labos au profit des médecins, les spécialités médicales les plus ciblées (notamment le cancer) ou encore les laboratoires les plus dépensiers en matière de lobbying (Sanofi et MSD). Mais aussi de démontrer, en prenant l’exemple du scandale du Levothyrox, comment des médecins qui ont défendu dans la presse le laboratoire incriminé, Merck, étaient payés par ailleurs par ce même laboratoire pour diverses prestations.

À terme, cet outil pourra être approprié par tout un chacun, professionnel de santé, décideur, journaliste ou simple citoyen. Ce qui contribuera à créer les conditions d’un véritable débat démocratique sur les politiques de santé et de médicaments, aujourd’hui largement confisqué par l’industrie pharmaceutique.

Avec les « Pharma Papers », Basta ! et l’Observatoire des multinationales mettent en lumière, à travers des enquêtes et des reportages, et la mise en lumière de données et de chiffres jusqu’ici peu accessibles, les confortables profits engrangés par les laboratoires pharmaceutiques sur le dos des systèmes de sécurité sociale, et les énormes moyens d’influence déployés pour préserver ces profits.

À lire : https://bastamag.net/webdocs/pharmapapers/