Source : Mediapart

Conflit d’intérêt

Pour quoi exactement François Fillon a-t-il été rémunéré 200 000 euros par Axa ?

Sous pression dans le cadre de la campagne présidentielle française, François Fillon a finalement dévoilé l’identité de certains des clients de sa lucrative activité de conseil. Parmi ceux-ci, l’assureur Axa, qui lui aurait versé 200 000 euros d’honoraires. L’ancien PDG d’Axa, Henri de Castries est très proche de François Fillon et était pressenti pour occuper un poste ministériel. Conflit d’intérêt manifeste ou véritable mission de lobbying, que cache exactement cette rémunération ? Mediapart mène l’enquête.

Du côté d’Axa, (...) comment justifier un tel contrat avec François Fillon ? Quels conseils pouvait-il apporter au groupe d’assurances ? Axa ne court-il pas le risque d’être poursuivi pour abus de bien social, voire financement politique illégal pour avoir rémunéré l’ancien premier ministre ? Tout de suite après la révélation de ce contrat, le groupe a pris les devants. François Fillon « a notamment travaillé entre mi-2012 et mi-2014 sur les négociations en cours à l’époque sur la directive européenne Solvency 2, entrée en vigueur le 1er janvier 2016 », a-t-il indiqué à L’Argus de l’assurance. L’ancien premier ministre aurait en particulier permis « d’ouvrir des portes à Bruxelles et à Berlin ». Interrogé sur ses déclarations et le contenu exact de ces missions, le groupe d’assurances n’a pas répondu à nos questions.

Solvency 2 est une directive européenne visant à renforcer les règles prudentielles des assurances. Le cadre général a été adopté en novembre 2009, après la crise financière. Mais les dispositions précises pour fixer le cadre réglementaire se sont étalées jusqu’en 2014. Le texte a été transposé dans la législation française à la fin de 2014 et est entré en vigueur à partir du 1er janvier 2016. Pendant ces années, les discussions ont tourné au bras de fer entre la Commission européenne et les assureurs. (...) À la seule évocation de l’ancien premier ministre conseiller d’Axa pour Solvency, les connaisseurs du secteur éclatent de rire. « C’est une plaisanterie », dit un financier, ancien administrateur d’un groupe d’assurances, qui soupçonne le candidat de droite de n’avoir jamais lu un bilan de ce type de groupe. Le soupçon est justifié : le monde de l’assurance est encore plus compliqué et technique que celui de la banque.

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Martine Orange y évoque notamment l’hypothèse selon laquelle François Fillon aurait joué les intermédiaires entre Axa et Michel Barnier, son ancien ministre, à l’époque commissaire européen en charge du dossier. Tout en s’interrogeant si « Axa [avait] vraiment besoin de François Fillon pour défendre sa cause ».

En relation avec les activités de conseil de François Fillon, lire notre enquête Quand les parlementaires français sont aussi consultants, lobbyistes ou hommes d’affaires...

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Photo : CC Magali