Consommation

Prix du bio : la grande distribution épinglée pour ses méga-marges

par Sophie Chapelle

Comment expliquer que le panier de fruits et légumes bio soit, dans les grandes surfaces, presque deux fois plus cher que son équivalent en produits conventionnels ? Dans une étude publiée ce 29 août, l’association de consommateurs UFC Que Choisir dénonce les sur-marges injustifiées de la grande distribution.

L’UFC s’est concentrée sur le prix de 24 fruits, et légumes, de l’abricot à la salade, représentatifs de la consommation des ménages français [1]. Il ressort que tous les produits bio sont beaucoup plus chers – 98 % en moyenne ! –, que les productions conventionnelles. La palme est attribuée à la pêche bio dont le prix est 151 % plus élevé : 6,64 €/kilo contre 2,64 €/kilo pour la non bio !

Il est logique que les coûts de production en bio soient plus élevés qu’en agriculture conventionnelle : les rendements sont souvent plus faibles en raison de l’absence de produits chimiques de synthèse, pesticides notamment ; cultiver bio nécessite une main d’œuvre plus importante ; les cahiers des charges sont plus contraignants, la certification a également un prix. Mais cela ne justifie pas qu’une carotte ou une tomate bio soient payées le double qu’un non bio. Le surcoût normal explique à peine la moitié de la différence de prix. Celle-ci provient en réalité des sur-marges réalisées sur le bio par la grande distribution. Ces marges brutes sont particulièrement élevées sur la tomate et la pomme, respectivement +145 % et +163 %, ces deux aliments étant les produits frais les plus consommés... Cette stratégie de marge aboutit, selon l’association de consommateurs, à renchérir de 135 € le panier bio annuel d’un ménage.

Relocalisation

Jérôme Dehondt, maraicher bio installé dans le Maine-et-Loire et porte-parole du Mouvement inter-régional des Amap (ces associations qui relient directement producteurs et consommateurs, nombreuses en France, lire ici), constate régulièrement des différences de prix majeures : « Le kilo de tomates rouges bio sur-emballées en supermarché peut atteindre 10 euros, quand nous le vendons 3 euros en direct à la ferme », illustre t-il. « Il est essentiel de le dénoncer mais il n’y a malheureusement rien de nouveau... » « Cette étude nous conforte dans l’idée qu’il faut travailler sur la relocalisation des approvisionnements pour réduire au minimum ces coûts d’intermédiaire », complète Stéphanie Pageot, présidente de la Fédération nationale de l’agriculture biologique.

L’UFC Que Choisir demande à l’Observatoire de la formation des prix et des marges d’étudier la construction des prix dans les magasins de la grande distribution pour les principaux produits d’agriculture biologique, et de faire toute la transparence sur les marges nettes réalisées par produit pour chaque enseigne. Cette étude est publiée alors que s’ouvrent les premiers ateliers des états généraux de l’alimentation dont une partie doit être consacrée à la création et à la répartition de la valeur. Pour Jérôme Dehondt du Miramap, « il est essentiel pour définir le prix de repartir des besoins financiers des paysans afin qu’ils puissent vivre dignement de leur métier ».

Sophie Chapelle

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Photo : Doug Beckers CC

[1La marge brute réalisée par un magasin sur un produit donné (également appelée marge commerciale) est la différence entre le prix en rayon et le prix auquel le magasin (ou sa centrale d’achat) a acheté le produit (le prix expédition). L’UFC Que Choisir s’est appuyée sur les données du Réseau des nouvelles des marchés (RNM), qui dépend de l’institut public FranceAgriMer sous tutelle du ministère de l’Agriculture.