Le vrai bilan du CAC40

Qui sont les actionnaires du CAC40 et combien ont-ils touché en 2018 ?

Bernard Arnault et sa famille, BlackRock et l’État français : voilà les principaux bénéficiaires de l’inflation des dividendes versés par le CAC40. Par delà la diversité de l’actionnariat de chacune des entreprises de l’indice parisien, on peut distinguer trois grands profils : celles qui sont encore largement contrôlées par leur fondateur ou sa famille comme LVMH, Bouygues ou L’Oréal ; celles qui sont largement ouvertes sur les marchés financiers et notamment sur les grands investisseurs institutionnels comme BlackRock, tels Sanofi ou Total ; celles enfin qui sont liées à l’État français comme Engie, Orange ou Safran. Dans les trois cas, les politiques de dividendes semblent largement similaires. Nouvel extrait de notre publication CAC40 : le véritable bilan annuel.

Le CAC40 est régulièrement critiqué pour la proportion importante de dividendes qu’il reverse aux marchés financiers. Au titre de l’année 2018, un nouveau record a été battu, avec 63,4 milliards d’euros redistribués, près des trois quarts de ses bénéfices. À qui profite concrètement cette générosité ?

En première place avec 1,76 milliard de dividendes touchés au titre de l’année 2018, on trouve l’État français, à travers ses participations directes et celles de Bpifrance et de la Caisse des dépôts. Engie (711 millions d’euros versés à l’État sous forme de dividendes) et Orange (426 millions) représentent les deux tiers de la cette somme.

Pas loin derrière, le fonds d’investissement BlackRock touche quant à lui 1,65 milliard d’euros de dividendes du CAC40 au titre de l’année 2018. Selon les informations publiques (voir ci-dessous), il est présent dans au moins 19 des groupes de l’indice boursier parisien, et probablement beaucoup plus. Il est notamment présent au capital des gros distributeurs de dividendes que sont Total, Sanofi et BNP Paribas.

En troisième position, le groupe familial Arnault émarge à 1,46 milliard d’euros de dividendes grâce au groupe LVMH et à sa participation au capital de Carrefour. En quatrième position avec 720 millions d’euros se trouve la famille Bettencourt, actionnaire de L’Oréal.

Une information parcellaire

Tous les actionnaires du CAC40 ne sont pas connus, loin de là. Seule la détention de plus de 5% des actions d’un groupe doit être notifiée publiquement. Certains fonds d’investissements comme BlackRock sont passés maîtres dans l’art de « cacher » une partie de leur présence dans l’actionnariat de groupes en passant par plusieurs filiales différentes. De sorte que les chiffres donnés ici ne sont qu’indicatifs, particulièrement pour les investisseurs institutionnels qui disposent d’un grand nombre de petites participations invisibles.

Une étude réalisée par Euronext en janvier 2019 (elle aussi sur la base de données partielles) estimait que le fonds d’investissement Vanguard détenait 2% du capital du CAC40, et BlackRock 1,9%. Sur la base de cette estimation, le premier pourrait avoir touché lui aussi plus d’un milliard d’euros de dividendes en 2018.

Le CAC40, paradis des milliardaires

Avec l’entrée dans le CAC40 de Hermès et de Dassault Systèmes, l’indice parisien apparaît plus que jamais dominé par les grandes familles fortunées. Selon l’étude Euronext précédemment citée, le groupe Arnault est depuis 2017 le premier actionnaire du CAC40 avec 3,9% du capital, contre seulement 2,7% pour l’État français. Ce sont désormais 13 des entreprises sur 40 du CAC qui sont directement liées à une grande fortune. Ce qui représente plu- sieurs milliards d’euros redistribués par les grandes entreprises françaises aux super-riches sous forme de dividendes.

L’État, un actionnaire toujours aussi gourmand

Paradoxe ? Parmi les entreprises qui se montrent les plus généreuses en termes de dividendes et de rachats d’actions, on retrouve systématiquement... les entreprises dont l’État français est actionnaire. Comme si celui-ci maintenait une présence dans l’économie non pas pour développer une politique industrielle ou des projets d’intérêt général, mais au contraire siphonner du liquide pour boucler son budget.

C’est le cas pour Engie, dont l’État détenait encore directement et indirectement un quart des actions fin 2018. Mais aussi pour Orange (100% de ses profits redistribués aux actionnaires en 2018), Safran (104%), TechnipFMC (600 millions de dividendes et rachats d’actions en 2018 malgré des pertes) ou même Veolia, dont la Caisse des dépôts reste un actionnaire significatif. C’est moins le cas pour les participations industrielles (Airbus, Renault, PSA). Au total, l’État français a donc touché directement ou indirectement 1,76 milliard d’euros du CAC40 en 2018, sans compter les rachats d’actions.

- À lire : CAC40 : le véritable bilan annuel, édition 2019 (pdf, 100 pages)

Olivier Petitjean
Infographies : Guillaume Seyral

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Photo : Chupacabra Viranesque CC via flickr