Source : The Guardian

Privatisation

Sodexo accusée de discrimination raciale en Grande-Bretagne

Prisons, restaurants, écoles, système de santé, armée, justice... Sodexo a déjà beaucoup profité de la politique de privatisation et de sous-traitance tous azimuts engagée par le gouvernement du Royaume-Uni. L’entreprise française était sur le point d’obtenir un nouveau contrat de 100 millions de livres pour la gestion des six bases militaires britanniques sur l’île de Chypre, mais elle se retrouve aujourd’hui au coeur d’un scandale suite à des accusations de racisme et de discrimination sexuelle.

Alors que Sodexo était en pôle position pour remporter un nouveau contrat extrêmement lucratif au Royaume-Uni, celui de la gestion de six bases militaires à Chypre, des accusations de racisme et de discrimination sexuelle généralisés au sein de ses services ont fait surface, qui pourraient remettre en cause le contrat. Accusations qui concernent précisément la division « Défense » de l’entreprise.

Le Guardian revient en détail sur les multiples accusations de discrimination raciale et sexuelle au sein de cette division :

La très lucrative division Défense de l’entreprise est l’objet d’allégations selon lesquelles son département des ressources humaines, chargé de policer le comportement des employés, a été systématiquement « nettoyé » de tout personnel non blanc. (...) La situation a atteint un point critique en octobre 2012 lorsqu’une femme afro-caribéenne fut frappée par un dirigeant haut placé de la division défense, un homme blanc. Lorsqu’elle lui en demanda la raison, il répondit : « C’est la ’punch a black week’. » [la semaine "frappe un noir", NdT].

L’année suivante on assista à un exode de toutes les employées non-blanches. Six mois après l’agression, la responsable des ressources humaines pour Chypre, d’origine asiatique, fut renvoyée sans préavis sous prétexte d’incompétence. Mais elle menaça de poursuivre l’entreprise en justice et Sodexo a accepté un arrangement extra-judiciaire. Deux autres employées non-blanches du département des ressources humaines ont engagé des poursuites contre Sodexo pour racisme et sexisme.

Lire l’intégralité de l’article ici.

Un porte-parole de Sodexo a déclaré au Guardian : « Nous prenons des allégations de cette nature très sérieusement, car ces comportements sont totalement contraires à nos valeurs organisationnelles. Nous avons des politiques et des procédures en place pour nous assurer que toute allégation est traitée de manière sérieuse. » Une approche procédurale qui peut aussi bien servir à noyer le poisson. L’enquête de l’entreprise suite à l’agression d’octobre 2012 avait ainsi conclu que les faits allégués étaient bien réels, mais qu’il était impossible de « conclure que ce comportement a été causé par ... la couleur de peau »... Le dirigeant concerné a quitté ses fonctions.

L’affaire pourrait être d’autant plus dommageable pour Sodexo que l’entreprise française s’était attachée depuis plusieurs années à soigner son image de firme respectant et encourageant la « diversité » au sein de ses effectifs. Elle a multiplié les chartes et les initiatives (voir ici la page dédiée du site de l’entreprise) et a reçu à ce titre de nombreux prix dans plusieurs pays (par exemple ici, ici ou ici). Ce qui en dit long sur la fiabilité des démarches de ce type.

En 2005, Sodexo avait accepté de verser 80 millions de dollars de dédommagement à un groupe d’employés noirs américains qui l’avaient poursuivie en justice pour discrimination raciale.

Impunité

Au Royaume-Uni, l’opposition travailliste a demandé une enquête officielle sur les accusations portées contre Sodexo, et demande qu’aucun contrat gouvernemental ne lui soit accordé entre-temps.

Cependant, le gouvernement britannique ne semble pas en général tenir grande rigueur de leurs mauvais comportements aux entreprises auxquelles il sous-traite certaines de ses fonctions administratives, voire régaliennes. C’est d’ailleurs toujours la même poignée de firmes - G4S, Capita, Serco, Sodexo et quelques autres - qui répond aux appels d’offres, ce qui ne laisse sans doute pas beaucoup de marge de manoeuvre aux ministères.

G4S est ainsi au coeur de plusieurs affaires d’atteintes aux droits de l’homme - sans parler de la gestion calamiteuse des Jeux Olympiques de 2012 - mais continue à s’enrichir grâce aux contrats gouvernementaux (lire G4S, ou comment prospérer à l’ombre des États). La firme française de services informatiques Atos a dû se retirer sous une pluie de critiques suite à la manière dont elle avait géré son contrat d’inspection de l’« aptitude au travail » des handicapés britanniques (lire Sous-traiter la protection sociale au détriment des plus vulnérables ? Atos au Royaume-Uni). Ce qui ne l’a pas empêchée elle aussi de continuer à emporter d’autres contrats. Et en décembre dernier, déjà, Sodexo s’était retrouvée au coeur d’un scandale suite à des mauvais traitements allégués dans une prison gérée par l’entreprise française (lire Grande-Bretagne : scandale dans une prison gérée par Sodexo).

Olivier Petitjean

— 
Photo : Jean-Erick Pasquier / Guardian