Énergies fossiles

Sponsor de la Conférence climat, Engie continue à investir dans le charbon

par Olivier Petitjean

Au grand dam des militants du climat, Engie a été retenue comme sponsor officiel de la COP21, la Conférence internationale sur le climat qui doit se tenir dans deux mois à Paris. Si l’entreprise énergétique française communique massivement sur son engagement dans la transition énergétique, ses activités restent en réalité largement basées sur les énergies fossiles. En totale contradiction avec ses prétentions vertes, Engie continue à investir dans la prospection de gaz et de pétrole et à construire de nouvelles centrales au charbon. Illustration avec le projet de centrale au charbon de Yumurtalik en Turquie, dénoncé par les Amis de la terre.

À l’approche de la Conférence climat, Engie communique beaucoup sur sa conversion à la cause de la transition énergétique et sur son offre commerciale de « solutions climat » [1]. Sa campagne de communication « Le temps des solutions » évoque ainsi les investissements d’Engie dans le solaire, l’éolien et l’efficacité énergétique - des activités qui demeurent en réalité marginales au niveau du groupe par rapport au gaz, au charbon et aux grands barrages, et qui n’ont été développées qu’à travers l’absorption d’acteurs plus petits (lire notre récent contre-rapport annuel sur Engie).

Le groupe français, qui possède déjà une flotte d’une trentaine de centrales à charbon dans le monde, continue d’ailleurs à investir dans cette source fossile, qui constitue la cible prioritaire de la lutte contre le dérèglement climatique. Témoin le projet de centrale de Yumurtalik, en Turquie, dénoncé par un collectif d’associations environnementalistes dont les Amis de la terre et le Réseau action climat dans une note publiée le 7 octobre. Militants français et turcs ont également adressé une lettre ouverte au président François Hollande exigeant qu’Engie - dont l’État français détient 33% - abandonne le projet.

Cette centrale de 1320 MW - pour lequel Engie ne prévoit même pas d’utiliser les technologies les moins polluantes disponibles, soulignent les associations - pourrait voir le jour dans la région de la baie d’Iskendenrun, au Sud du pays. Pas moins de 29 nouvelles centrales au charbon sont envisagées dans la région, qui en compte déjà 3, en raison de la proximité d’un port permettant de s’approvisionner facilement en charbon. Leur construction entraînerait le déclin précipité des activités agricoles traditionnelles (citrons, huile d’olive, fruits) ainsi que de l’industrie de la pêche locale, autrefois renommée. Elle aura aussi des impacts négatifs pour la santé des 500 000 résidents de la région.

Comme le rappellent les Amis de la terre, la Turquie s’est distinguée en publiant en vue de la COP21 une contribution prévoyant une augmentation de 200% de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 [2], avec la construction de pas moins de 73 nouvelles centrales au charbon dans le pays, contre 21 actuellement. La contribution d’Engie à cette politique est un piètre symbole pour un sponsor officiel de la COP21.

Brésil : Engie transitionne vers le charbon et le gaz de schiste

Les dirigeants d’Engie affichent désormais en public une posture défavorable au charbon, et évoquent la vente (à perte) de certaines des centrales qu’ils avaient acquises encore très récemment en Inde et en Indonésie. Mais il semble que loin des frontières européennes et avec des conditions économiques favorables, le charbon reste tout à fait acceptable. Le projet de centrale turque n’est pas une exception. L’entreprise française est actuellement engagée dans la construction d’une énorme centrale à charbon à Safi, au Maroc, sur un site industriel et portuaire qui subit déjà les impacts de l’industrie des phosphates. Et elle propose de construire une nouvelle centrale dans la capitale de la Mongolie Oulan-Bator, mais aussi au Chili et au Brésil.

Dans ce dernier pays, Engie était surtout présente dans le secteur des grands barrages, y compris des projets très destructeurs et controversés comme celui de Jirau. Or, depuis quelques années, la production hydroélectrique brésilienne est en baisse continue du fait des perturbations climatiques liées à la déforestation de l’Amazonie et au réchauffement global des températures. Engie s’est donc tournée vers le bon vieux charbon avec le projet de centrale de Pampa Sul, dans le Sud du pays. Parallèlement, l’entreprise vient d’acquérir de nouvelles concessions gazières, dont certaines contenant potentiellement du gaz de schiste (lire ici et ). Visiblement, la conversion d’Engie à la cause du climat et des énergies vertes ne fait pas encore sentir ses effets dans tout le groupe.

Olivier Petitjean