Source : Mediapart

Défense

Ventes d’armes françaises à l’Arabie saoudite : opacité et raison d’État

L’Arabie saoudite est de très loin le premier acheteur d’armes françaises, et les leaders politiques hexagonaux sont aux petits soins avec les dirigeants du royaume pour perpétuer cette manne. Cette « obsession saoudienne » fait bon marché des droits de l’homme et des risques d’utilisation des armes françaises dans le conflit actuel au Yémen, où la coalition saoudienne est accusée de crimes de guerre, voire de crimes contre l’humanité. Contrairement à ce qui se passe dans d’autres pays européens, les ventes d’armes françaises restent régies par la raison d’État, sans transparence ni débat public.

Mediapart rappelle que « sur 39 visites bilatérales depuis 1926 et la reconnaissance d’Abdelaziz ben Abderrahmane al-Saoud, fondateur du Royaume, 15 se sont déroulées entre novembre 2012 et la fin de l’année 2014, date à laquelle, sans doute lassée, l’ambassade de France à Riyad a arrêté sa comptabilité ». Cette assiduité a porté ses fruits, avec une multiplication des contrats d’armement et d’assistance, à coups de milliards d’euros. Selon les ONG, ces ventes d’armes de la France sont en violation directe du traité sur le commerce des armes, entré en vigueur fin 2014.

Pour Paris, seul compte l’argent récolté. Pire : Paris est à la pointe de la compétition qui pousse les États, France et Royaume-Uni en tête, à rivaliser auprès de Riyad pour vendre le plus de matériel et de formations possible, quelle que soit leur utilisation ultérieure. « La France est le moteur de cette nouvelle tendance qui consiste à ignorer les droits de l’homme pour ne privilégier que l’aspect économique, regrette Roy Isbister (Saferworld). On l’a bien vu lors des négociations pour le traité sur le commerce des armes, la France s’est montrée très réticente. »

Depuis le début de sa campagne, Amnesty a de nombreuses fois alerté le gouvernement français et demandé la suspension des transferts d’armements à l’Arabie saoudite, dès lors que Riyad est convaincu de crimes de guerre au Yémen. Sans résultat aucun. « Le gouvernement nous répond à chaque fois que ces transferts ont lieu dans le cadre du droit international et que tout va bien, soupire Aymeric Elluin, d’Amnesty International France. Nous travaillons depuis plusieurs années avec d’autres ONG pour obtenir davantage de transparence sur la question des ventes d’armes, sans aucun résultat. Il n’y a pas de volonté de la France de rendre compte véritablement au Parlement, et il y a un désintérêt complet de l’Assemblée. En France, les pratiques de la Ve République font que les ventes d’armes sont la chasse gardée de l’exécutif. Aujourd’hui, la démocratie française n’est pas aussi mûre que d’autres pays en Europe, où l’on sent un éveil des consciences sur cette question des ventes d’armes. »

Outre la motion déposée devant le Parlement des Pays-Bas et les différentes campagnes menées au Canada et dans d’autres pays du monde, la Suisse est sortie du rang en adoptant une position intermédiaire, après des mois de batailles politiques entre le gouvernement, favorable à l’exportation à l’Arabie saoudite, et l’opposition, qui s’élève contre l’idée que le matériel suisse puisse être utilisé sur le sol yéménite. (...) En France, l’armement reste protégé par une « raison d’État » qui ne permet ni débat parlementaire, ni accès à toutes les données.

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L’article rappelle également que les exportations d’armes françaises à l’Arabie saoudite sont gérées par une structure spécifique publique-privée, ODAS, qui regroupe l’État français (à 34%) et tous les industriels tricolores de l’armement (Airbus, MBDA, Thales, DCNS, Nexter Systems, Calyon, Dassault, Renault Trucks). Selon la Tribune, toutefois, l’Arabie saoudite souhaite se débarrasser d’ODAS pour traiter directement avec les firmes d’armement, avant la garantie juridique et technique de l’État français.

OP

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