Désinvestissement

Victoire pour le climat : le Crédit agricole se détourne du charbon

par Olivier Petitjean

C’est une nouvelle victoire pour les militants de la justice climatique. Lors de son Assemblée générale annuelle tenue le 20 mai 2015, le Crédit agricole a annoncé qu’il mettait fin au financement des activités d’extraction du charbon, la première source mondiale de gaz à effet de serre. Malgré ses limites, cette annonce place la banque loin devant ses concurrentes françaises BNP Paribas et Société générale en matière d’engagement pour le climat.

Bien entendu, les annonces du Crédit agricole restent très imparfaites au regard des exigences portées par les écologistes et les militants du climat. Tout d’abord, ne sont exclus de financement que les nouveaux projets de mine et les pure players, producteurs exclusifs de charbon. Ce qui signifie que la banque pourra continuer à financer d’importants producteurs mondiaux tels que Glencore ou BHP Billiton, parce qu’ils ont d’autres activités. De fait, en revanche, le Crédit agricole ne financera plus le mountaintop removal, technique d’extraction du charbon très controversée pratiquée aux États-Unis et consistant à faire exploser le sommet des montagnes à la dynamite (lire notre enquête sur l’implication du Crédit agricole dans ce secteur).

Ensuite, les annonces du Crédit agricole ne portent que sur l’extraction du charbon, c’est-à-dire les sociétés minières, et non le financement de nouvelles centrales électriques fonctionnant avec cette source fossile. Outre qu’elles contribuent à renforcer la consommation mondiale de charbon et les émissions de gaz à effet de serre qui en découlent, ces centrales ont aussi un impact environnemental et sanitaire très direct pour leurs riverains. Comme le rappellent les Amis de la terre France et BankTrack, le Crédit agricole a financé les centrales au charbon à hauteur de 4,7 milliards d’euros entre 2015 et 2014 [1]. À l’occasion des assemblées générales annuelles des banques francaises, les deux associations ont choisi de mettre en avant deux exemples, celui du projet de centrale Rampal au Bangladesh, à proximité immédiate des Sundarbans, une zone humide classée au patrimoine mondial de l’humanité, et celui de la centrale de Thabametsi en Afrique du Sud, dont Engie (ex GDF Suez) est partie prenante. Le Crédit agricole ne s’est pas engagé à ne pas financer ces projets.

Enfin, bien sûr, le Crédit agricole ne parle que du charbon, et non des autres sources fossiles. Or l’abandon total du charbon - dont on est encore loin malgré les victoires symboliques que commencent à accumuler les militants du climat - ne suffira pas à lui seul à enrayer la spirale du dérèglement climatique, s’il implique une consommation accrue de pétrole et de gaz.

Un engagement sans équivalent

Il n’en reste pas moins que ces engagements font du Crédit agricole la banque la plus avancée au monde en matière de politique climatique et de désinvestissement du charbon. Il y a quelques semaines, Bank of America avait annoncé une démarche progressive de retrait du charbon, sans donner cependant beaucoup de précisions sur le périmètre et le calendrier de cette politique. C’est une nouvelle illustration de la plus grande réceptivité (ou, selon le point de vue où l’on se place, de la plus grande vulnérabilité) des banques - financeurs essentiels des grands projets énergétiques ou extractivistes - aux revendications des militants du climat (lire notre article).

L’attitude du Crédit agricole contraste surtout avec celle de ses concurrentes BNP Paribas et Société générale, elles aussi interpellées sur leur soutien au charbon , et qui ont choisi de ne rien changer. Les deux banques se retranchent derrière les « politiques » qu’elles ont mises en place pour juger, au cas par cas, de l’opportunité de financer tel ou tel projet malgré ses impacts climatiques. Deux études publiées par les Amis de la terre France et BankTrack montrent que ces politiques n’ont absolument rien changé en pratique [2] : malgré leur adoption, les financements de BNP Paribas et de la Société générale au charbon ont continué à augmenter. Face à l’ampleur du défi climatique, les demi-mesures ne sont plus de saison. Le Crédit agricole l’a compris. Les militants du climat l’attendent sur la mise en œuvre concrète de ces engagements.

Olivier Petitjean

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Photo : oatsy40 CC