Allô Bercy ?

Banques : orgie de dividendes à l’horizon ?

par Olivier Petitjean

BNP Paribas et Société générale tiennent ce 18 mai leur assemblée générale annuelle. Le dividende proposé par les deux banques reste en deçà de ce qu’elles étaient habituées à verser à leurs actionnaires ces dernières années, en raison des restrictions imposées par la Banque centrale européenne. Pour combien de temps ? Nouvelle publication dans le cadre de notre campagne Allô Bercy ? Pas d’aides publiques aux grandes entreprises sans conditions.

L’épidémie n’est pas finie, mais la grande majorité du CAC40 a repris le versement de dividendes comme si de rien n’était, avec près de 51 milliards d’euros proposés aux actionnaires ce printemps (lire notre note). Il y a toutefois des exceptions. Une poignée d’entreprises, encore durement frappées par les effets conjugués de la pandémie et de leurs propres errements, ont renoncé cette année encore à verser des dividendes : Airbus, Renault et le géant des centres commerciaux Unibail-Rodamco. Ensuite, il y a les grandes banques - BNP Paribas, Crédit agricole et Société générale -, qui sont les seuls groupes du CAC40 à être encore soumis à des restrictions officielles sur le versement de dividendes.

Ces restrictions sont édictées par la Banque centrale européenne, afin de les obliger à préserver leur trésorerie dans le contexte de l’épidémie. Ce n’est pas que la BCE soit contre les dividendes et les actionnaires. Simplement, en période de forte incertitude, la prudence prévaut. Les autorités financières ne veulent pas prendre le risque que si les défauts sur emprunt et les faillites d’entreprises étaient plus nombreux qu’anticipé, la solidité des grandes banques en prenne un coup, et qu’une crise financière se superpose à la crise sanitaire.

Quant aux banques, elles n’ont pas vraiment d’autre choix que d’obtempérer si elles veulent profiter des nombreuses facilités que leur offre la BCE, notamment celle de se financer à taux négatif : elles ont ainsi pu emprunter 1300 milliards d’euros auprès de la BCE l’année dernière, et à nouveau 330 milliards supplémentaires ce printemps.

Les banques en manque de dividendes

À partir de mars 2020 et jusqu’à la fin de l’année, la Banque centrale européenne a tout simplement interdit les dividendes et les rachats d’actions, au grand dam des dirigeants du secteur financier. À force de pressions, ils ont fini par obtenir en décembre 2020 un relâchement partiel de ces règles. Le versement de dividendes est à nouveau possible, mais dans la limite de 15% des bénéfices cumulés des banques en 2019 et 2020 et à condition qu’elles disposent des fonds propres nécessaires.

Les patrons de BNP Paribas et Société générale continuent donc de ronger leur frein en attendant la levée totale des interdits. Ils ont dû se contenter de versements modestes aux actionnaires par comparaison avec leurs habitudes passées : 1,39 milliard d’euros pour BNP Paribas proposés ce printemps, soit environ le tiers des montants auxquels ses actionnaires étaient accoutumés ; et « seulement » 467 millions d’euros pour la Société générale, qui a enregistré une perte en 2020.

La rapport annuel de la BNP promet déjà un rattrapage : « La restitution complémentaire de 29 % du résultat 2020 [soit 2,05 milliards d’euros supplémentaires aux actionnaires] est envisagée après fin septembre 2021 sous forme de rachat d’actions ou de distribution de réserves dès l’abrogation de la recommandation de restriction de la Banque centrale européenne prévue d’ici fin septembre 2021 "en l’absence d’évolutions nettement défavorables". » À la Société générale également, on « envisage » pour fin septembre des rachats d’actions pour un montant équivalent au dividende versé ce printemps.

Quant au Crédit agricole, ses dirigeants ont carrément décidé d’en revenir au niveau habituel de versement aux actionnaires, avec un dividende de 2,33 milliards d’euros, soit pas moins de 87% du profit enregistré par la banque en 2020. LesIls estiment pouvoir rester dans les clous fixés par la BCE en offrant la possibilité d’un dividende en actions plutôt qu’en numéraire. SAS Rue La Boétie, l’actionnaire majoritaire du groupe bancaire qui représente les caisses régionales, s’est d’ores et déjà engagé à opter pour le dividende en actions.

Dans les trois cas, on trouve le même argument sous-jacent : il faudrait « compenser » le manque-à-gagner occasionné pour les actionnaires par les restrictions de la BCE. Comme s’ils n’avaient pas eux aussi à payer leur juste part du coût de la crise. On craint le pire pour la prochaine saison des dividendes, au printemps 2022.

Olivier Petitjean