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Bruxelles et Paris sous l’emprise des lobbies fossiles

par Olivier Petitjean

Les cinq plus grandes compagnies pétrolières et gazières mondiales (BP, ExxonMobil, Chevron, Shell et Total) et leurs lobbyistes ont dépensé au moins 251 millions d’euros en lobbying auprès de l’Union européenne depuis 2010. En France aussi, les données du registre de transparence montrent que les entreprises impliquées dans les énergies fossiles ont dépensé 8,6 millions d’euros de lobbying en 2018. Un collectif d’ONG, auquel s’associe l’Observatoire des multinationales, lance une campagne pour « bouter les énergies fossiles hors des cercles de décision politique ».

BP, ExxonMobil, Chevron, Shell et Total sont responsables de 7,4% des émissions globales de gaz à effet de serre entre 1998 et 2015. En 2018, elles ont engrangé 82 milliards de dollars US de profits. Et ces cinq multinationales ont mis les moyens nécessaires pour s’assurer que leurs affaires florissantes ne seraient pas remises en cause.

Depuis 2010, comme le révèle un nouveau rapport auquel s’associe l’Observatoire des multinationales, elles ont dépensé collectivement, avec leurs lobbies sectoriels, plus de 251 millions d’euros en lobbying à Bruxelles, déployé une armée de plus de 200 lobyistes dans la capitale européenne, obtenu 327 rendez-vous avec des dirigeants de la Commission Juncker (2014-2019), soit plus d’une par semaine.

En France, où nous ne disposons de chiffres indicatifs sur les dépenses de lobbying que depuis 2017, le poids des industriels des énergies fossiles est tout aussi considérable. 10 entreprises du secteur, emmenées par Total, Engie, EDF, Vermilion et Uniper, ont dépensé jusqu’à 8,6 millions d’euros en lobbying à Paris en 2018.

À Bruxelles comme à Paris, ces dépenses de lobbying proprement dites sont complétées par une stratégie d’influence des pouvoirs publics de l’intérieur, à travers pantouflages et « portes tournantes » (circulation de personnel entre secteur public et secteur privé), dont Total est particulièrement friande. En mai 2019, l’entreprise a procédé à un recrutement remarqué : celui de Jean-Claude Mallet, qui a passé sa carrière de haut fonctionnaire dans le secteur de la défense avant de devenir conseiller spécial de Jean-Yves Le Drian au ministère des Armées puis à celui des Affaires étrangères. Jean-Claude Mallet est le nouveau responsable des affaires publiques – autrement dit des relations avec les gouvernements – du groupe pétrolier. Celui-ci s’est fait une spécialité de ces embauches de haut vol. En 2016, il avait débauché Denis Favier, ancien patron du GIGN et de la gendarmerie, pour en faire son directeur de la sécurité. Dans un autre domaine, Jean-François Minster, éminent spécialiste des océans et membre de l’Académie des sciences, a été recruté comme directeur scientifique du groupe. En sens inverse, des anciens cadres de Total se sont recasés dans le gouvernement d’Emmanuel Macron, comme Ahlem Gharbi, conseillère diplomatique de l’Elysée entre 2017 et 2019, ou Philippe Baptiste, directeur de cabinet de la ministre de la Recherche Frédérique Vidal.

Les associations à l’initiative du rapport (Amis de la Terre France, Amis de la Terre Europe, Corporate Europe Observatory, Food & Water Europe, Greenpeace UE) lancent à cette occasion la campagne « Fossil Free Politics » (« politiques sans énergies fossiles ») pour limiter l’influence des multinationales pollueuses sur nos décisions en matière d’énergie et de climat.

- Lire le rapport (24 pages) :, Bruxelles et Paris sous l’emprise des lobbies fossiles

Olivier Petitjean

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