Allô Bercy

CAC40 : les dessous d’un record historique

En cours de séance ce vendredi 5 novembre, le CAC40 vient de battre son plus haut historique et de franchir la barre symbolique des 7000 points. Les publications récentes de l’Observatoire des multinationales ont montré que 100% de ces groupes ont profité des aides publiques liées à la pandémie de COVID19, tout en supprimant près de 30 000 emplois en France et en versant près de 51 milliards € à leurs actionnaires plutôt qu’investir dans l’économie du monde d’après.

Ce record illustre combien les marchés financiers approuvent cette préférence pour la rémunération des actionnaires et la suppression des emplois, et pourquoi les pouvoirs publics devraient conditionner les aides publiques que ces grands groupes ont touché et vont continuer à toucher avec les plans de relance et plan France2030. Alors que l’Insee confirme qu’il y a 9,3 millions de personnes en situation de pauvreté en France, les actionnaires et les dirigeants d’entreprise continuent à s’enrichir par temps de pandémie.

Voici quelques données issues de nos publications.

Le "quoi qu’il en coûte" a permis :

  • 100% du CAC40 a bénéficié d’aides publiques durant la pandémie, de la part de l’Etat français et des banques centrales.
  • 80% des groupes ayant recours au chômage partiel ont versé un dividende.
  • 85% ont versé un dividende en 2020 et 2021.
  • 93 milliards d’euros ont été distribués par le CAC40 aux actionnaires en 2020 et 2021 sous forme de dividendes et rachats d’actions (dont 51 milliards en 2021), alors que les profits se sont effondrés de 55% en 2020. Autrement dit, le CAC40 pioche dans sa trésorerie pour verser près de l’équivalent de 140% des profits.
  • 60 000 suppressions d’emplois annoncées par le CAC40 en 2020, dont la moitié en France.
  • Pas de transformation de l’appareil productif.
  • 100% du CAC40 s’est opposé aux propositions de la Convention citoyenne pour le climat.

Les petits actionnaires sont-ils les grands gagnants de ces bons résultats du CAC40 ? Pas vraiment.

  • 45% du CAC40 est détenu par des "non résidents" qui sont majoritaires dans plusieurs entreprises du CAC40.
  • Alors que l’actionnariat individuel baisse au sein du CAC40, (moins de 8,5% désormais), les gestionnaires d’actifs (Blackrock, Amundi, etc) progressent, à plus de 26%, tandis que les grandes familles capitalistes françaises détiennent toujours 10% du CAC40. L’Etat en détient moins de 3 %.
  • Résultat : c’est Blackrock qui profite le plus des bons résultats du CAC40, avec par exemple au moins 1,7 milliard d’euros de dividendes touchés au titre de 2020.

Ces bons résultats vont-ils alimenter les caisses de l’Etat via l’imposition des profits ou des dividendes ? Pas suffisamment.

  • Bon nombre de groupes du CAC40 continuent à pratiquer massivement l’évitement fiscal.
  • Les revenus des actionnaires sont bien moins taxés que ceux du travail : la "Flat Tax" de 30% introduite par Emmanuel Macron est un cadeau fiscal qui pèse lourd.
  • Le scandale récent des CumExFiles montrent comment les actionnaires, petits ou gros, arrivent à échapper à l’impôt sur les dividendes.

Pour aller plus loin :

 Le rapport "Allô Bercy" de l’Observatoire des multinationales de mai 2021 qui montre combien l’absence de conditionnalités aux aides publiques conduit le CAC40 a préféré les dividendes et les suppressions d’emplois
 Le rapport "Allô Bercy" d’octobre 2020 qui montre que 100% du CAC40 est soutenu par les aides publiques.

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