Allô Bercy ?

Danone : le patron s’en va, les dividendes restent

par Margot Vermeylen, Olivier Petitjean

Le PDG de Danone Emmanuel Faber a été évincé de son poste en mars 2021, suite à la fronde de certains actionnaires qui lui reprochaient de ne pas assez penser à eux. Son groupe avait pourtant choisi, il y a un an, d’augmenter ses dividendes malgré l’irruption de la pandémie, et s’apprête à verser à nouveau un montant similaire cette année. Nouvelle publication dans le cadre de notre campagne Allô Bercy ? Pas d’aides publiques aux grandes entreprises sans conditions.

Emmanuel Faber a-t-il été victime de la soif de profits des actionnaires ou bien de ses propres impasses ? Probablement un peu des deux. Le PDG de Danone a été démis de ses fonctions au mois de mars dernier, suite à une fronde menée par quelques fonds d’investissement actionnaires du groupe, mais aussi à des divergences au sein de la direction. On lui reprochait notamment de ne pas assez générer de « valeur » pour les investisseurs, par contraste avec ses concurrents Nestlé et Unilever.

Au printemps dernier pourtant, au début de la pandémie, Danone avait choisi de maintenir l’augmentation prévue de ses dividendes (+8,2%) malgré les appels à la modération qui émanaient de toutes parts. Le groupe laitier et agroalimentaire avait alors versé à ses actionnaires 1,38 milliard d’euros, tout en bénéficiant d’aides indirectes débloquées dans le cadre des plans de sauvetage français et européens, notamment le programme de rachat d’obligations des banques centrales.

C’est un niveau de dividende similaire (1,33 milliard) que l’assemblée générale des actionnaires, qui se tient ce jeudi 29 avril, doit approuver pour cette année. En attendant peut-être une explosion des dividendes à partir de l’année prochaine, si les fonds activistes qui on déjà obtenu le départ du PDG ont effectivement le dernier mot.

Emmanuel Faber pensait pouvoir garder à la fois le beurre et l’argent du beurre en faisant approuver au printemps 2020, par la même assemblée générale qui a validé l’augmentation des dividendes en pleine pandémie, la transformation de Danone en « entreprise à mission ». Un changement de statut censé donner corps à ses engagements sociétaux et environnementaux mais qui ne comporte en réalité aucune véritable obligation. Il avait promis que « tous les contrats de travail chez Danone, tous les salaires, mondialement, [seraient] garantis », et s’était engagé à compenser « la totalité du revenu jusqu’au salaire » en cas de mise au chômage partiel pour rupture d’approvisionnement dans une usine ou incapacité de personnes à se déplacer, afin que « les salariés ne perdent rien ».

Contradiction entre discours et réalité

Cette belle apparence de « capitalisme responsable » a rapidement commencé à se fissurer. Non pas que Danone ait souffert de la crise sanitaire : son chiffre d’affaires n’a subi qu’une baisse modeste en 2020 (-6%), et son bénéfice a même légèrement augmenté, à près de 2 milliards d’euros. Le groupe a été accusé d’obliger certains employés à prendre des jours de congés ou de RTT pendant le premier confinement. Surtout, la pression du rendement s’est rapidement fait sentir. Pour réduire ses coûts, sur les conseils du cabinet McKinsey, Emmanuel Faber a lancé un plan de réorganisation, dénommé « Local First », qui prévoyait de supprimer 1850 postes, dont 458 en France. Le groupe estime être en mesure de réduire ses coûts d’un milliard d’euros au total. La mise en œuvre de ce plan a été confirmée il y a quelques semaines par la nouvelle direction. Un second plan, baptisé Olympic « devrait se traduire par une centaine de suppressions de postes supplémentaires » selon une source syndicale.

Côté environnemental, Danone déclare avoir émis plus de 26  millions de tonnes équivalent CO2 en 2020 - principalement au niveau de sa chaîne d’approvisionnement en lait. Rapportées à son chiffre d’affaires, c’est une hausse de 3% sur un an. Comme l’Observatoire des multinationales l’a montré dans la dernière édition du Vrai Bilan du CAC40, le Danone d’Emmanuel Faber, plutôt qu’un champion du climat et de la responsabilité sociale, est surtout le champion du grand écart entre les discours et la réalité. En même temps qu’il se dotait du statut d’« entreprise à mission », énumérant des objectifs plus vertueux les uns que les autres, le groupe continuait à émettre chaque année ou presque davantage de gaz à effet de serre, y compris rapportés à ses effectifs et à son chiffre d’affaires, à générer davantage de déchets, et à consommer davantage d’eau, de plastique et d’huile de palme.

Olivier Petitjean et Margot Vermeylen

Cet article s’inscrit dans la campagne de financement participatif Allô Bercy ? Pas d’aides publiques aux grandes entreprises sans conditions sociales, fiscales et écologiques, qui durera jusque fin mai 2021 et sera cloturée par une grande publication finale pleine de chiffres, d’études de cas et d’analyses.