Journée mondiale de l’eau

La soif intarissable des multinationales

par Olivier Petitjean

Les multinationales s’inquiètent de plus en plus du « risque » que représente pour elles la raréfaction et la pollution des ressources en eau dans plusieurs régions du monde. Sur la seule année 2018, les problèmes liés à l’eau sur leur sites de production ou leur chaîne d’approvisionnement leur ont coûté au moins 38 milliards de dollars. Et pourtant, elles continuent à consommer toujours plus de cette ressource.

Le 22 mars est la journée mondiale de l’eau - l’occasion de rappeler que plusieurs centaines de millions de femmes et d’hommes sur la planète n’ont toujours pas accès à cette ressource vitale, qui paraît plus menacée que jamais par la pollution, la surexploitation et les effets du réchauffement climatique. Le problème est connu, mais les solutions semblent manquer.

C’est ce qu’illustre à sa manière le rapport publié ce jour par CDP, une organisation non gouvernementale dont la mission est d’encourager les multinationales et les investisseurs à faire la lumière sur (et si possible réduire) leurs impacts sur le climat et les ressources en eau. Les grandes entreprises se déclarent de plus en plus consciente des « risques » liés à l’eau qui pèsent sur leur activité. Inondations ou sécheresses détruisant les récoltes, pénuries d’eau affectant barrages ou centrales électriques, pollutions entravant le bon fonctionnement d’usines ou leurs relations avec les riverains et les autorités... La plupart des industries dépendent directement ou indirectement de l’accès à des ressources en eau suffisamment propres et abondantes - et constatent que dans bien des régions du monde, cet accès ne va plus de soi. Entre ruptures d’approvisionnement, interruptions de production et litiges environnementaux, les 783 entreprises du monde entier qui ont répondu au questionnaire de CDP rapportent que les problèmes liés à l’eau leur ont coûté pas moins de 38 milliards de dollars rien qu’en 2018...

Les prélèvements d’eau continuent malgré tout à augmenter

Et pourtant, si la prise de conscience semble progresser, les actes ne suivent pas. Ces mêmes multinationales indiquent également à CDP que leur prélèvements d’eau ont fortement augmenté (de près de 50%) entre 2015 et 2018. « Cette tendance est particulièrement prononcée pour les entreprises opérant en Asie et en Amérique latine, ainsi que dans les secteurs de l’alimentation, des boissons et de l’agriculture, de la fabrication et de l’extraction minière » , précise l’ONG. CDP distingue un petit nombre de multinationales, dont L’Oréal, pour leur bonnes pratiques en la matière, mais cette distinction vise la mise en place de mécanismes de mesure et d’une « stratégie », et pas forcément une réduction effective à court terme de leur consommation d’eau.

Autre sujet d’inquiétude : si certains secteurs comme l’agroalimentaire ou les cosmétiques se préoccupent activement de mesurer et divulguer leur consommation d’eau et leur impact sur les ressources, d’autres se caractérisent par leur inaction ou leur opacité. C’est notamment le cas de la grande distirbution et de l’hôtellerie, mais aussi des secteurs pétrolier et miniers, alors que les industries extractives sont l’une des principales menaces pour les ressources en eau au niveau mondial (lire le rapport que nous avions consacré à cette question : Comment les géants des mines et du pétrole menacent les ressources en eau).

On mesure sans doute ici les limites d’une démarche se contentant de demander aux multinationales de prendre conscience de leurs responsabilités et de leurs impacts, sans questionner plus profondément les modèles économiques et industriels qui mènent à la surexploitation de ressources comme l’eau.

Olivier Petitjean

Soutenir l’Observatoire !

Parce que le débat démocratique mérite mieux que la com’ du CAC 40, nous enquêtons.

Soutenez l’indépendance de l’Observatoire en faisant un don.

— 
Photo : dasroofless CC via flickr