Une aide publique aussi massive que mal pensée. La subvention avait fait la une des médias il y a quatre ans : l’État français avait mis sur la table 2,9 milliards d’euros pour un projet d’extension de l’usine de semi-conducteurs de STMicroelectronics à Crolles, près de Grenoble, en partenariat avec l’entreprise GlobalFoundries. Cette aide – la plus importante dans un total de 8,7 milliards d’euros d’argent public fléchés vers les entreprises de puces, au nom de la « souveraineté industrielle » – a fait l’objet d’un rapport très critique de la Cour des comptes. Elle pointe la faiblesse des garanties apportées par GlobalFoundries, qui semble avoir de fait abandonné le projet, le manque de conditionalités, et le fait que ces subventions bénéficient de manière disproportionnée à un petit nombre d’acteurs. Par pur hasard sans doute, on trouve derrière cette affaire les mêmes acteurs que pour le projet de centre de données Campus IA évoqué plus haut : Bpifrance, actionnaire de référence de STMicro, et le fonds émirati Mubadala, fondateur de MGX.
Carrefour met les bouchées doubles dans les territoires occupés. Mis en cause depuis de nombreux mois pour son implantation dans les colonies illégales en Cisjordanie, le groupe Carrefour ne semble pas refroidi dans ses ardeurs par le génocide en cours à Gaza, ni par les violences et abus croissants subis par la population palestinienne. Selon une note d’actualités de la Plateforme Palestine, il y a maintenant dans les territoires occupés deux supermarchés d’un franchisé israélien de Carrefour qui arborent ostensiblement l’enseigne du groupe français. Un autre franchisé de Carrefour gère une plateforme de livraison qui dessert les colonies illégales en Cisjordanie. Le champion tricolore a récemment ouvert ses premiers hypermarchés en Israël à grand renfort de publicité.
Après les médias Bolloré, les députés Bolloré. La commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur l’audiovisuel public a publié son rapport à charge, rédigé par le député ciottiste Charles Alloncle, énième produit du croisement entre le monde des start-ups (il a été analyste dans le capital-risque et cofondé une « fintech » sous l’égide du Crédit agricole) et celui de la droite radicale. Soutenu pendant six mois par les médias Bolloré, le parlementaire est désormais visé par une plainte pour prise illégale d’intérêts, tandis que Lagardère News, propriété du milliardaire d’extrême droite qui contrôle notamment Europe 1 et le JDD, est visé par une plainte pour « trafic d’influence actif ». Selon les révélations du Monde, la direction des affaires institutionnelles de Lagardère a envoyé à plusieurs membres de la commission d’enquête des listes de questions hostiles à l’audiovisuel public en amont des auditions.
Une filiale LVMH veut affaiblir les lois européennes anti-déforestation. Selon Global Witness, une tannerie italienne appartenant depuis peu au groupe français, Nuti Ivo Group, se fournirait en cuir auprès d’entreprises paraguayennes liées à la déforestation. Ce qui explique peut-être qu’au même moment, son dirigeant soit à la pointe d’une campagne d’influence à Bruxelles pour assouplir les réglementations européennes qui visent à limiter ce type d’importations. LVMH – impliqué en parallèle dans un lobbying pour la dérégulation de certains produits chimiques nocifs, voir notre article – a nié être concerné par cette campagne. Lire l’article de Politico.
Backlash anti-écolo : les actionnaires résistent (un peu). BP tenait son assemblée générale annuelle fin avril. Le groupe pétrolier britannique a décidé, plus ouvertement que ses homologues européens Shell et TotalEnergies, de surfer sur la croisade anti-renouvelables menée par Donald Trump et d’accroître drastiquement ses investissements dans les énergies fossiles. C’était quand même aller un peu trop loin pour la plupart de ses actionnaires, qui ont infligé à sa direction des défaites symboliques, votant notamment contre une résolution proposant d’abandonner tous les engagements de transparence climatique de BP. La démocratie actionnariale sera-t-elle un remède suffisant contre les reculs écologiques et le management autoritaire qui se propage depuis la Maison Blanche et la Silicon Valley jusque dans les autres entreprises ? On peut malheureusement craindre que non.
