Alors que plus en plus de pays - dont la France - envisagent de restreindre l’accès aux réseaux sociaux aux mineurs, l’Union européenne prépare une législation, le « Digital Fairness Act » (DFA), destinée à encadrer les designs addictifs mis en oeuvre par les plateformes pour garder leurs usagers collés à leurs écrans.
Cette législation mise en chantier en 2024 pourrait par exemple obliger les plateformes à désactiver par défaut les fonctionnalités visant à attirer l’attention (notifications, lecture automatique, etc.), à privilégier la pagination plutôt que le « scrolling » infini, à déclasser les contenus nuisibles ou addictifs, et à promouvoir et privilégier les systèmes de recommandation alternatifs basés sur l’ordre chronologique ou un contrôle accru de la part des utilisateurs, plutôt que sur les algorithmes des plateformes.
Mais les Big Tech ont déjà lancé leur contre-attaque. Selon le registre de transparence de l’UE, les hauts fonctionnaires de la Commission ont eu au moins 96 réunions avec des lobbyistes au sujet du DFA depuis décembre 2024 (réunions mentionnant le Digital Fairness Act comme sujet). Pas moins de 83 % de ces réunions ont eu lieu avec des représentants de l’industrie. Parmi les entreprises les plus actives, on trouve Meta (Instagram, Facebook, WhatsApp), Google, Snap, Inc. (Snapchat), TikTok, mais aussi Spotify. On notera d’ailleurs que les acteurs européens du secteur numérique semblent totalement alignés sur ce dossier avec les géants américains.
Les industriels ont également recruté pour mener leur croisade des cabinets de lobbying, des think tanks comme Epicenter, ainsi qu’un groupe qui se présente comme une association de consommateurs, le Consumer Choice Center. Ces deux dernières entités sont liées au réseau libertarien-réactionnaire Atlas, comme nous l’avions raconté dans cette enquête.
Lire l’enquête complète de Corporate Europe Observatory en anglais
