30.09.2015 • Privatisation

Les nouveaux Objectifs de développement durable de l’ONU appartiennent-ils à une entreprise privée ?

Les Nations unies viennent d’adopter solennellement une série de 17 « objectifs de développement durable » ou « objectifs mondiaux ». Succédant aux Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), ces objectifs internationaux visent à orienter les flux d’aide au développement et les politiques publiques, dans le but d’en finir avec la pauvreté, la faim, les discriminations, les inégalités et les dégradations environnementales. Problème : les 17 objectifs, ainsi que les icônes qui leur sont associés, sont sous copyright, appartenant à une entreprise privée basée à Londres, liée à un consortium de multinationales, parmi lesquelles Standard Chartered ou Unilever. Une nouvelle manifestation d’une tendance insidieuse à la privatisation de l’aide au développement.

Publié le 30 septembre 2015

Barbara Adams, de l’ONG spécialisée Global Policy Watch, tire la sonnette d’alarme :

Les Objectifs de développement durable (ODD), laborieusement négociés pendant deux ans par tous les États membres de l’ONU, avec la contribution et l’expertise apportées par des milliers d’organisations de défense de l’intérêt public, sont désormais placés sous copyright. Et par qui ? Par l’ONU, pourrait-on supposer ? Mais non. Ils ont été repackagé sous le nom d’« Objectifs mondiaux » puis placés sous copyright par Project Everyone, une entreprise privée enregistrée à Londres.

Sur son site web (www.globalgoals.org), Project Everyone revendique la propriété des 17 icônes qu’elle contribue à populariser avec l’aide active de célébrités et du Secrétariat de l’ONU lui-même. Ces icônes représentent chacun des 17 Objectifs que les chefs d’État et de gouvernement ont adopté cette semaine comme objectifs communs de l’humanité d’ici à 2030. Une déclaration politique émanant de tous les États membres de l’ONU devrait pourtant être un bien public mondial, à la libre disposition de chacun. (...)

Le site web Global Goals cite Aviva, Getty Images, Pearson, Sawa, Standard Chartered et Unilever comme “Partenaires fondateurs”. Près de 60 autres entreprises et médias sont identifiés comme "Partenaires opérationnels", ainsi que 22 institutions listées comme ONG et fondations... y compris, bizarrement, plusieurs agences de Nations unies.

Lire la suite de l’article (en anglais) sur le site de Global Policy Watch.

Barbara Adams y note que les choix de communication de Global Goals conduisent à simplifier et atténuer considérablement le message politique des Objectifs de développement durable, alors que de nombreuses ONG le jugent déjà léger sur certains aspects comme la démocratie ou la prise en compte des limites environnementales.

Les enquêtes de l’Observatoire

  • Réponses locales

    Villes contre multinationales

    De la remunicipalisation à la régulation d’Airbnb et Uber, en passant par la transition énergétique et les luttes pour le logement, panorama des batailles entre villes et grandes entreprises en Europe.

  • Influence

    Comment l’État français fait le jeu de Total en Ouganda

    Pourquoi le gouvernement français soutient-il les projets pétroliers de Total en Ouganda ? Au cœur de ce système d’influence : les portes tournantes entre Total et les hautes sphères de l’État.

  • Pétrole

    Total : une « stratégie climat » en trompe-l’oeil

    Entre omissions, manipulations et effets d’annonce, la stratégie climat rendue publique par Total relève surtout d’une opération de marketing, sans inflexion substantielle.

L’Observatoire est à votre écoute

  • Besoin d’éclaircissements ?
  • Une question ?
  • Une information à partager ?
Contactez-nous