« Un contenu n’arrive jamais seul jusqu’à son lecteur », souligne Fabrice Février, codirecteur de l’Observatoire des médias auprès de la Fondation Jean Jaurès. Il y a autour de la publication d’un livre une « chaîne de décisions et de légitimation », dont plusieurs maillons – dont les Relay en gares – sont aujourd’hui entre les mains d’un seul homme, « porteur d’un projet politique parfaitement identifiable ».
L’enquête que nous avons publié en début d’été sur les choix de mise en avant de livres et de magazines dans les enseignes Relay a été l’occasion de faire la lumière non seulement sur l’instrumentalisation politique de ces magasins par leur puissant actionnaire, Vincent Bolloré, mais aussi de prendre la mesure du pouvoir de ce dernier sur toute la chaîne du livre et de la presse.
Cette emprise est frappante si l’on considère le nombre de titres de presse et de maisons d’édition contrôlées par le milliardaire réactionnaire. Mais elle n’est pas moins réelle, quoique moins visible, au niveau matériel et logistique, décisif pour déterminer quels titres seront les plus facilement accessibles et les plus visibles dans l’espace public.
Si Bolloré a revendu ses activités logistiques et portuaires, il applique aujourd’hui l’expérience et l’expertise acquise dans ce secteur à son projet politique et culturel. Il ne s’agit plus de transporter et de vendre des marchandises, mais des idées et des imaginaires.
Lire notre enquête : « Le dernier maillon de la chaîne ». Les magasins Relay, ligne de front dans la croisade politique de Vincent Bolloré

