Comme si de rien n’était ? Il y a six mois, suite à nos révélations, Capgemini a été au centre de l’actualité pour son contrat avec l’ICE, la police anti-migrants de Donald Trump. Une crise que le groupe a cherché à désamorcer en annonçant quelques jours plus tard la mise en vente de la filiale concernée. Six mois plus tard, nous nous sommes replongés dans les données du gouvernement fédéral américain et – surprise (ou pas) – Capgemini a tranquillement continué à mettre en œuvre ce contrat. Quant à la mise en vente de la filiale concernée, elle se fait toujours attendre. Lire notre article.
Teleperformance accusé d’exploiter les « travailleurs du clic ». Un groupe d’ONG et de syndicats a mis en demeure le groupe Teleperformance (ou TP) dans le cadre de la loi sur le devoir de vigilance des multinationales. En cause : les activités croissantes du groupe – historiquement spécialiste des centres d’appel – dans la sous-traitance pour les entreprises de tech et d’IA dans des pays comme le Kenya, le Ghana ou la Colombie. Des travailleurs et travailleuses y sont chargés d’annoter des données pour entraîner des modèles d’intelligence dite artificielle ou de gérer la modération de contenus dans des conditions précaires qui sont exactement les mêmes que pour les sous-traitants d’industries bien « matérielles » comme le textile ou le BTP. La mise en demeure s’appuie sur une enquête inédite ainsi que des reportages de journalistes. Plus de détails ici.
Dés-ubérisation ? C’est une action de groupe (ou « class action ») inédite qui a été lancée début septembre par un collectif de chauffeurs travaillant pour Uber dans plusieurs pays européens, dont la France. Appuyés par le Worker Info Exchange, une initiative collaborative destinée à fédérer les travailleurs ubérisés pour contrer les pratiques abusives des plateformes, ils ciblent l’algorithme utilisé par Uber pour fixer leurs rémunérations, qui traiterait leurs données personnelles avec l’IA pour les pousser vers le bas. Le tout en contradiction avec le RGPD et toutes les lois européennes sur la protection de la vie privée. Uber a écopé quelques jours auparavant d’une amende de 825 millions d’euros de l’autorité de la protection des données des Pays-Bas (où l’entreprise a son siège européen) pour son système automatique de désactivation de comptes. Plusieurs études montrent que l’introduction de la « rémunération dynamique » par Uber a mené à une baisse de la paie des chauffeurs.
Tourniquets. Les portes tournantes ont continué à tourner tout l’été, et on observe même ces temps-ci un regain d’allers-retours public-privé à mesure que certains cadres de la Macronie cherchent à se recaser en amont des élections. Parmi les cas qui ont fait l’actualité, celui de l’ancienne ministre du Travail Astrid Panosyan-Bouvet, devenue DRH d’Axa. On en a moins parlé, mais son chef de cabinet au ministère est, de son côté, parti travailler chez Uber. Autre exemple douteux : celui de Marc-Antoine Brillant, le patron de la lutte contre les ingérences numériques étrangères, parti fonder sa société de conseil au sein d’Havas, propriété d’un certain Vincent Bolloré (lui-même en pleine frénésie pro-russe). Voir notre page spéciale sur les « portes tournantes ».
Passe-droit anti-sécheresse pour ST ? Avec la sécheresse qui frappe la France, la consommation d’eau des industriels attire à nouveau l’attention et notamment celle, déjà très controversée, de l’usine de ST Microelectronics à Crolles, près de Grenoble. Le collectif Stop Micro a multiplié les actions durant l’été. Et le lundi 7 septembre, plusieurs associations, syndicats et collectifs ont mis en demeure la Préfecture de l’Isère d’exiger que STMicroelectronics réduise de 50% ses prélèvements d’eau, conformément aux dispositions de l’arrêté sécheresse que la même Préfecture a adopté le 20 août.
Dés-orbanisation. Le nouveau gouvernement de Peter Magyar en Hongrie poursuit son entreprise de démantèlement de l’héritage de Viktor Orbán et de rétablissement de l’état de droit. Il s’est entre autres attaqué à l’un des « cœurs du réacteur » de l’internationale réactionnaire, dont nous vous avions parlé dans plusieurs enquêtes : le Mathias Corvinus Collegium ou MCC, fréquenté par de nombreuses personnalités de l’extrême droite française (lire MCC Brussels, ou comment l’extrême droite pro-Orbán et pro-Trump s’organise pour affaiblir l’Europe de l’intérieur). L’antenne bruxelloise du MCC, devenue un acteur majeur de la capitale européenne, devrait également mettre la clé sous la porte. Tous les regards se tournent désormais vers les États-Unis de Trump pour voir s’ils prendront la relève des financements hongrois.
