Effet d’annonce. À l’occasion de l’ouverture du salon Vivatech, le premier ministre Sébastien Lecornu a fait plusieurs annonces dans le domaine du numérique et de l’IA, dont l’une a particulièrement retenu l’attention : la fin du contrat entre la DGSI et Palantir, au profit d’une alternative « souveraine », proposée par l’entreprise française Chapsvision. Sauf que Palantir s’est empressé de démentir cette annonce. En réalité, la fin des relations entre la DGSI et Palantir est programmée depuis longtemps, mais les services français peinent à se désintriquer de l’étreinte toxique dans laquelle ils se sont engagés avec l’entreprise américaine , à laquelle nous venons de consacrer une enquête (avec un premier volet sur Palantir, ses dirigeants et leurs accointances avec l’internationale réactionnaire, et un second volet sur les contrats de Palantir en France et en Europe). Comme souvent avec le pouvoir exécutif actuel, l’effet d’annonce prime sur la substance.
Une industrie florissante. 382 millions d’euros. Ce sont les dépenses totales déclarées par les plus gros « représentants d’intérêts », aka les lobbys, dans la capitale européenne en 2025,. Ces dépenses sont de 50% supérieures à ce qu’elles étaient en 2020. Les autorités européennes sont engagées dans une politique de déréglementation tous azimuts qui ne peut que convenir aux grandes entreprises et qu’elles ont largement inspirée (lire Derrière la vague de dérégulation, des institutions européennes de plus en plus soumises aux industriels). Les acteurs de la tech (Meta, Amazon et autres) occupent la première place du classement par secteur. Tous les détails sont disponibles sur le site de Corporate Europe Observatory.
Les banques d’un monde qui chauffe. Le rapport « Banking on climate chaos », produit par une coalition internationale d’ONG et consacré aux financements accordés par les banques à l’expansion des énergies fossiles, vient de livrer son édition 2026. Pour la deuxième année consécutive, les plus grandes banques mondiales ont augmenté leurs financements au secteur du charbon, du pétrole et du gaz, première cause du réchauffement climatique. Une augmentation qui coïncide avec le « backlash » anti-climat encouragé par Donald Trump. La plupart des banques françaises ont cependant – mis à part la Société Générale – réduit leurs financements aux énergies sales en 2025. À lire ici.
L’université de Montpellier se li(vr)e à TotalEnergies. Le conseil de la Facultés des sciences de l’université de Montpellier a validé de justesse, grâce à la double voix du président, une convention de partenariat avec TotalEnergies en vue de la formation des étudiants « aux métiers de l’énergie ». Concrètement (car pour une fois la convention de partenariat est publique), l’entreprise pétrogazière pourra co-produire le contenu des cours dispensés, fera intervenir ses employés dans les enseignements, et organisera des rencontres, des visites de sites et des stages pour les étudiants. Le tout est assorti d’une clause de non-préjudice à son image. Le gain financier pour l’université ? Quelques milliers d’euros tout au plus, selon les opposants à la convention. Dans un enseignement supérieur privé de crédits, l’influence s’achète bon marché.
Polytechnique : les étudiants ne lâchent pas. La cérémonie de remise des diplômes de l’école Polytechnique a une nouvelle fois donné lieu à des actions de protestation de certains élèves ciblant les liens de la grande école d’ingénieur avec des multinationales « dont les activités détruisent le vivant ou alimentent les logiques de guerre ». En réponse, la directrice en partance Laura Chaubard a reconnu « sans doute une noble cause », mais a reproché aux étudiants critiques de s’attaquer « à la science elle-même et à sa capacité de progrès et d’émancipation ». Sur la présence et l’influence des multinationales à Polytechnique, on relira notre enquête de septembre dernier, « Polytechnique. Une école d’Etat sous emprise ».
« Nouveaux OGM ». Encore une victoire à Bruxelles pour les multinationales. Le Parlement européen a validé le 17 juin une proposition ouvrant largement la porte aux plantes et semences issues des « nouvelles techniques génomiques » (NTG), autrement dit des OGM issus non plus par introduction d’ADN étranger mais par manipulation du génome. Une partie d’entre elles seront traitées sur le même plan que les semences obtenues par sélection conventionnelle. Les règles strictes d’étiquetage et de traçabilité un temps envisagées ont été abandonnées, et les opposants craignent une nouvelle extension du phénomène de « privatisation du vivant », permettant aux multinationales détentrices de brevets NTG, comme BayerMonsanto, Syngenta ou Corteva, de poursuivre des paysans cultivant des semences aux traits similaires ou accidentellement contaminées.
Portes tournantes. L’Observatoire de l’éthique publique se penche à son tour sur le phénomène des « portes tournantes » entre secteurs public et privé. Avec un diagnostic et des propositions largement convergents avec ceux que nous avons formulés au fil de nos enquêtes sur le sujet, comme le caractère désormais structurel de cette porosité et les risques démocratiques qui en découlent. À lire ici, et nos enquêtes sur le sujet sont à retrouver là.
Les multinationales contribuent toujours plus aux inégalités. C’est la conclusion du nouveau rapport d’Oxfam, qui porte sur les 100 plus grandes entreprises européennes. Dans la lignée des précédentes publications de l’ONG sur le CAC40, celle-ci met l’accent sur la redistribution des profits favorables aux actionnaires (qui en récupèrent 68% en moyenne sur la période 2022-2024), les inégalités de salaires entre patrons et salariés moyens, les inégalités hommes/femmes et les émissions de gaz à effet de serre.
